Pugilat entre Bayrou et Cohn-Bendit: Arlette Chabot était «comme une boule dans un flipper»

REACTIONS Les politiques regrettent que ce type de dérapage élude le débat sur l'Europe...

J.M. avec agence

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Les invités de l'émission «A vous de juger», au cours de laquelle Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou ont échangé des insultes, le 4 juin 2009.
Les invités de l'émission «A vous de juger», au cours de laquelle Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou ont échangé des insultes, le 4 juin 2009. — CHESNOT/SIPA

L'échange d'insultes entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit pendant l'émission «A vous de juger», jeudi sur France 2, se poursuit par presse interposée. Le triste spectacle de pugilat offert par les deux responsables politiques suscitent les commentaires de leurs confrères et soeurs.

«C'était vraiment moche», a jugé Benoit Hamon sur RTL. Le porte-parole du PS affirme qu'il ne se sent «pas appartenir à ce type ou cette race d'hommes politiques qui sont prêts à tout pour essayer de gratter une petite place sur l'échiquier». Pour lui, François Bayrou «a été très, très loin». Cela «confirme que moins on parle d'Europe, plus on est dans le règlement de comptes, plus on pense à une autre échéance, plus ça conduit à ce type de dérapages», a-t-il déploré, assurant par ailleurs que Nicolas Sarkozy «sourit chaque fois qu'il voit ce type d'épisodes».

Le coordinateur de la campagne UMP, Michel Barnier, a «trouvé assez misérable» l'attaque de François Bayrou. Le ministre de l'Agriculture a même défendu Daniel Cohn-Bendit, estimant qu'il était «à gauche le seul vrai européen». Il a à son tour reproché au président du MoDem de n'avoir «pas vraiment parlé des européennes» pendant sa campagne. «Il s'est trompé d'élection, plus précisément il a voulu faire, trois ans avant, l'élection présidentielle, c'est son obsession», a-t-il affirmé.

Pour Jean-Luc Mélenchon, Arlette Chabot, qui était ce soir-là «comme une boule dans un flipper», n'est pas exempte de tout reproche. Le tête de liste du Front de Gauche aux européennes dans le Sud-Ouest a accusé la journaliste de France 2 d'avoir organisé le débat de telle manière qu'il a tourné à «la foire d'empoigne» entre les huit ténors invités. «Le service public» de l'audiovisuel «se comporte d'une manière indigne depuis le début de la campagne», a-t-il fait remarquer. Concernant l'attaque de François Bayrou, Jean-Muc Mélenchon estime qu'elle était «très froidement calculée».

Pour prôner l'apaisement, on peut compter sur Jean-Luc Bennahmias. «Je dis halte au feu» a réclamé l'ex-dirigeant des Verts passé au MoDem, estimant que ces «deux personnes extrêmement respectables» devaient «se voir le plus rapidement possible» pour discuter. La tête de liste du MoDem dans le sud est a rappelé que Daniel Cohn-Bendit avait déjà «regretté en 1999» les propos publiés dans son livre. Selon lui, le débat télévisé «est parti en vrille dans tous les sens, de A à Z, sans gestion collective».

L'ancien Premier ministre UMP Dominique de Villepin a également regretté «que le débat sur les grands enjeux de l'Europe n'a pas été posé». «Ca veut dire que la campagne n'aura pas eu lieu», a-t-il déploré. Il a appelé, pour les dernières heures de la campagne, à «laisser les polémiques au vestiaire» et à «débattre de l'essentiel», jugeant que «Bayrou, qui a un engagement européen, est bien placé pour donner de la voix sur ces thèmes centraux».

«Que retiennent les Français qui ont suivi ce débat, sinon l'absence évidente de propositions pour l'Europe?» se demande le Parti communiste français (PCF) dans un communiqué. Pour les communistes, le spectacle du «combat de coqs» proposé par les deux hommes donne une «image lamentable de la politique». Le communiqué déplore le fait que «depuis des semaines, plutôt que d'aborder les grands enjeux et les propositions des élections européennes, tout est fait pour organiser le désintérêt des Français et ainsi encourager l'abstention».

Martine Aubry a appelé au «calme» et «au retour de la dignité jusqu'à la fin de cette campagne». Dès jeudi soir, elle avait appelé à un «débat digne» en marge du meeting de campagne du PS à à Lille. «Il nous reste quelques heures et l'enjeu de l'Europe est tellement important que nous devons avoir une campagne digne jusqu'au bout. Nous, nous n'avons qu'un seul adversaire, c'est l'UMP». La socialiste a par ailleurs indiqué qu'elle ne «comprenait pas» Daniel Cohn-Bendit. «On l'aime bien à gauche parce que c'est un homme assez sympathique mais aujourd'hui, je ne sais plus très bien où il est», a-t-elle expliqué.