Réforme du lycée: Richard Descoings a rendu sa copie

EDUCATION Il propose d'agir «en urgence» sur le rééquilibrage des filières et l'orientation, d'envisager une «vaste refondation» ou de ne rien faire...

Avec agence

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Richard Descoings.
Richard Descoings. — F. DURAND / SIPA

Ne rien faire serait socialement «explosif». C'est Richard Descoings, chargé par Nicolas Sarkozy d'une concertation sur la réforme du lycée, qui l'affirme dans le rapport qu'il a rendu ce mardi à l'Elysée. Pour le directeur de Sciences-Po Paris, il faut donc en priorité améliorer l'orientation et rééquilibrer les filières menant au bac.

Richard Descoings a particulièrement insisté sur la méthode, notamment la «confiance» et la «concertation» indispensables dans le système éducatif. Il affiche dans ses conclusions trois choix possibles: des sujets à traiter «en urgence», une «vaste refondation» à moyen terme, ou bien décider de ne rien faire.

«L'élitisme républicain ravage une jeunesse de plus en plus défiante à l'égard des pouvoirs»

Pour lui, ce dernier choix aurait «de nombreux et puissants soutiens» mais serait «explosif» car «le degré d'inégalité supporté par les spoliés du système devient proprement insupportable». Le rapport Descoings fustige «l'élitisme républicain» qui «ravage une jeunesse de plus en plus défiante à l'égard des pouvoirs (les médias comme les partis politiques, les élites économiques comme les élites intellectuelles) et des discours».

Richard Descoings a notamment estimé que «le déséquilibre des voies et des filières et ce qu'on appelle "orientation" couvrent de plus en plus maladroitement un tri social». Il préconise donc de traiter «en urgence» les sujets concernant l'orientation, la revalorisation de la voie technologique, le rééquilibrage des séries au sein de la voie générale (S, ES, L) et la rénovation des épreuves du bac en langue (notamment en insistant sur l'oral).

Négocier avec les syndicats enseignants et tenir compte des propositions des lycéens

Le rapport prône aussi de diminuer le nombre d'élèves par classe en seconde, mais en dissociant cette question des horaires des enseignants, afin de montrer qu'on ne diminue pas les horaires lycéens pour supprimer des postes de professeurs. A moyen terme, Richard Descoings plaide pour «une vaste concertation sur une véritable refondation», en partant «des propositions des lycéens» et notamment en «intégrant le temps de travail personnel au sein de leur emploi du temps».

Il préconise aussi «une négociation avec les syndicats d'enseignants sur la nature de leur mission et le décompte de leur service: les contreparties qu'il faudra leur donner seront à terme compensées par la réduction du nombre d'heures/élèves».

Depuis janvier, quand il a été chargé de cette mission à la suite du retrait du projet contesté du ministre de l'Education Xavier Darcos, le directeur de Sciences-Po Paris a déjà organisé des débats dans 80 lycées de 76 départements et créé le site internet lyceepourtous.fr, afin d'être à l'écoute des lycéens, parents et enseignants.

Ministre de l’Education?

Reste à savoir ce que le gouvernement fera de ces travaux, à quelques jours d'un remaniement probable après les élections du 7 juin.

Alors que le nom de Richard Descoings a été cité par la presse comme possible ministre de l'Education, l'intéressé, qui n'est pas un élu, a déclaré au Bondy Blog qu'«il ne faut pas confondre la légitimité que peuvent apporter l’expertise, la connaissance du terrain, la réflexion, et la légitimité que seuls peuvent conférer le combat politique et l’élection. Ce combat-là n’est pas le mien. En plus, dans l’Education nationale, on a deux exemples assez récents: Claude Allègre et Luc Ferry. Ils ont tenu deux ans avant d’être caramélisés.»

Un autre rapport Une mission parlementaire sur la réforme du lycée a déjà rendu son rapport mercredi 27 mai, sans que députés UMP et PS ne parviennent à trouver un accord. Le rapporteur UMP de la mission, Benoist Apparu, a proposé plusieurs mesures phares : une classe de seconde indifférenciée (avec découverte de technologie et d'économie), 35 heures par semaine dont cinq heures de devoirs au sein du lycée, des «sas» de réorientation l'été pour éviter les redoublements et un baccalauréat plus «resserré» avec des partiels en cours d'année.