Julien Coupat, un prisonnier pas comme les autres

JUSTICE Pourquoi lui, pourquoi si longtemps, où en est l'enquête? Retour sur les questions soulevées par six mois de détention provisoire...

Julien Ménielle
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Une voiture avec Julien Coupat caché dans le coffre quitte la prison de la Santé à Paris, le 28 mai 2009.
Une voiture avec Julien Coupat caché dans le coffre quitte la prison de la Santé à Paris, le 28 mai 2009. — M. MEDINA / AFP

Arrêté le 11 novembre 2008, Julien Coupat a été placé en liberté sous contrôle judiciaire ce 28 mai. Le point sur le parcours de ce prisonnier pas comme les autres. 


Dans quel contexte a-t-il été arrêté?

Fin 2008, une série de dégradations sont commises sur des lignes TGV, occasionnant de grosses perturbations sur le réseau SNCF et nécessitant de coûteuses réparations. Devant la polémique qui enfle, la SNCF et le gouvernement ne veulent pas sembler inactifs. Le président de l'entreprise, Guillaume Pépy, annonce qu'il va «renforcer la surveillance du réseau». Trois jours plus tard, intervention de choc à Tarnac, petit village de Corrèze. Le ministère de l'Intérieur tient neuf suspects, «appartenant à l'ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome», piste évoquée d'emblée. Parmi elles, Julien Coupat.


Pourquoi lui?

Il est présenté comme le chef de cette «cellule invisible». Le FBI a communiqué son identité aux autorités françaises: il aurait pénétré illégalement aux Etats-Unis depuis le Canada avec sa compagne Yildune Levy, arrêtée elle aussi. Ils auraient oublié derrière eux un sac à dos contenant des documents liés à des groupes anarchistes et des photos d'un bâtiment militaire américain qui sera la cible d'une attaque deux mois plus tard alors que le couple a quitté le pays. Peu avant son arrestation, Julien Coupat est par ailleurs repéré près d'une ligne TGV qui sera vandalisée. Il prétendra qu'il cherchait un endroit pour «faire un câlin» avec sa compagne Yildune. Sa participation à une manifestation contre le fichier Edvige à Paris, et à celle dénonçant le sommet européen sur l’immigration à Vichy, est également relevée par les enquêteurs.


Pourquoi l'avoir gardé aussi longtemps en détention?

Pendant les gardes à vue, les policiers entendent un témoin qui accuse Julien Coupat de vouloir «renverser l’Etat». Il est alors mis en examen, le 15 novembre, pour direction d'une entreprise terroriste et destructions en réunion à visée terroriste. Le site «Mediapart» affirmera plus tard que le témoin est en fait un «mythomane», déjà condamné pour «dénonciation d'infractions imaginaires». Mais des écrits retrouvés au domicile de Julien Coupat à Tarnac sont jugés subversifs par la police, qui lui attribue notamment «L'insurrection qui vient». L'intéressé a toujours nié. «On criminalise des écrits pour en faire des preuves», dénonce à l'époque l'avocat d'Yildune Lévy. Le 19 décembre, une décision favorable à sa libération prise par un juge des libertés et de la détention, est rejetée après l'opposition du parquet. Au total, Julien Coupat essuiera quatre refus avant d’être libéré.


L'enquête a-t-elle mis en évidence de nouveaux éléments?

Le 10 novembre, le quotidien berlinois «Taz» reçoit un courrier anonyme, posté à Hanovre et revendiquant les actions commises contre les réseaux ferrés allemand et français. La section antiterroriste chargée de l'enquête estime que cette lettre ne disculpe pas le groupe de Tarnac mais prouve au contraire les liens tissés en Europe au sein de l'ultragauche. Des liens qui ne semblent pas avoir été établis, les investigations tournant essentiellement autour de «L'insurrection qui vient». L'enquête, comme les dégradations,  se serait en fait arrêtée avec les arrestations. En l'absence d'éléments nouveaux, trois des cinq suspects écroués sortent de prison le 2 décembre, sous contrôle judiciaire. Le 16 janvier 2009, Yildune Lévy est à son tour remise en liberté. Par la suite, huit autres personnes seront interpellées puis relâchées à l'issue de leur garde à vue dans le cadre de l'enquête.


Pourquoi est-il libéré maintenant?

Le parquet donne son feu vert le 27 mai. Dès le lendemain, le juge d'instruction envoie son ordonnance de remise en liberté sous contrôle judiciaire. François Fillon a rappelé qu'«on met en détention provisoire des gens quand on veut éviter qu'ils se sauvent, quand on veut éviter qu'ils fassent pression sur des témoins, quand on veut éviter qu'ils détruisent des preuves». Dans le cas de Julien Coupat, le Premier ministre annonce que «la justice estime désormais que l'enquête a suffisament avancé pour qu'il soit libéré. Il y aura un procès, on saura à ce moment là la vérité». Pour le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, le parquet a estimé que la détention provisoire «ne s'imposait plus au vu de l'état d'avancement du dossier et des éléments recueillis». Il a tenu à rappeler, à l'attention de ceux qui affirment que le dossier est vide, que «si la mise en examen d'une personne ne préjuge en rien de sa culpabilité, sa remise en liberté au cours de l'information judiciaire ne saurait être interprétée comme le signe de l'absence ou l'insuffisance de charges contre elle».