Frédéric Lefebvre retire son amendement

POLITIQUE La proposition du porte-parole de l'UMP faisait polémique depuis deux jours...

Julien Ménielle

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Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a plaidé, sur France 2 dimanche, pour une "répartition intelligente" des rôles entre le gouvernement et l'UMP, après une série de couacs entre l'exécutif et le Parlement.
Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a plaidé, sur France 2 dimanche, pour une "répartition intelligente" des rôles entre le gouvernement et l'UMP, après une série de couacs entre l'exécutif et le Parlement. — Jacques Demarthon AFPArchives

Il a fini par céder. Frédéric Lefebvre a annoncé le retrait de son amendement sur le télétravail ce mercredi. Avait-t-il fait «une grosse connerie» qui va «faire perdre des milliers de voix» à l'UMP aux élections européennes du 7 juin, comme l'affirme un responsable parlementaire de la majorité en soutenant ce projet?

Toujours est-il que, malgré le rejet en commission de son amendement polémique sur le télétravail, le porte-parole de l'UMP avait décidé de le défendre ce mercredi dans l'hémicycle.

«Pour une fois, j'ai fait l'unanimité contre moi», a déclaré le porte-parole de l'UMP en ajoutant qu'il avait «eu l'occasion de faire adopter une dizaine d'amendements à l'unanimité» depuis qu'il est député (été 2007) au titre de suppléant d'André Santini. Il a estimé que son amendement visait la «protection des salariés» et qu'il «a été pris en otage sur le plan politique».

Si le gouvernement avait affirmé, par la voix de Nathalie Kosciusko-Morizet, y être «défavorable», l'amendement Lefebvre présentait au moins l'utilité de détourner l'attention de la proposition de loi «pour faciliter le maintien et la création d’emplois» dans le cadre de laquelle il avait été déposé.

Accroître la mobilité professionnelle ou déréglementer le droit du travail?

Une juriste spécialisée en droit du travail mettait récemment en garde, sur son blog hébergé par 20minutes.fr, contre le risque de «déréglementation complète du droit du travail» que représente ce texte.

Officiellement, la proposition de loi avait pour objectif «d’accroître la mobilité professionnelle» dans un contexte économique mondial difficile, mais pas seulement, puisque le texte indiquait que «crise ou pas», il s'agit d'une «nécessité».

La libéralisation du prêt de main d'œuvre entre entreprises

La blogueuse attire l'attention sur l'article 6 de la proposition de loi, qui prévoit de rendre licite le prêt de main d'œuvre entre entreprises.

Une modification du code du travail qui «permettra aux employeurs de faire des échanges de personnel en toutes circonstances», selon la juriste, qui dénonce une «marchandisation» des salariés sans que «les limites des pouvoirs de l'employeur» ne soient définies.

Une «anticipation» sur les intentions de Xavier Bertrand

Aussi, pour François Hollande, la «provocation» de Frédéric Lefebvre «n'est pas une maladresse, un impair ou une farce, c'est une anticipation». Sur son blog, le socialiste se livre à une énumération farfelue de ce que pourraient être les futures propositions de l'UMP, non plus pour «travailler plus», mais pour «travailler tout le temps».

François Hollande estime que le porte-parole de l'UMP a au moins «le mérite de la clarté» et «dit tout haut ce que Xavier Bertrand (secrétaire général de l'UMP, ndlr) pense, retranché dans des lieux obscurs».

Pas un «clin d'œil» électoral

Ce dernier s'est d'ailleurs empressé de voler au secours de son camarade, avec qui il entretient pourtant des relations crispées, selon certains observateurs. «Je n'aime pas, quand quelqu'un sort une idée nouvelle, qu'on lui tombe aussitôt à bras raccourcis dessus. Tout le monde lui est tombé dessus», a indiqué Xavier Bertrand.

Et pour faire taire les rumeurs qui accusent l'UMP de mobiliser ainsi la droite avant les européennes, le secrétaire général de l'UMP a affirmé que l’initiative personnelle de Frédéric Lefebvre ne constituait «pas un clin d'oeil électoral en quoi que ce soit».