Intrusions d'armes en milieu scolaire: la partie émergée de l'iceberg

SECURITE Dans les 7.800 établissements publics du second degré, seules 19 intrusions ont été recensées entre septembre 2008 et mars 2009...

Catherine Fournier

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Le calme est revenu au lycée Jean-Baptiste Clément de Gagny mais les rares élèves présents mercredi ont "peur" que la bande armée ne "revienne", au lendemain de l'expédition punitive qui a fait 12 blessés légers dans cet établissement réputé tranquille.
Le calme est revenu au lycée Jean-Baptiste Clément de Gagny mais les rares élèves présents mercredi ont "peur" que la bande armée ne "revienne", au lendemain de l'expédition punitive qui a fait 12 blessés légers dans cet établissement réputé tranquille. — Stephane de Sakutin AFP

Un fait-divers, une loi. Ou tout du moins une réaction gouvernementale. Le 15 mai, une enseignante est poignardée par un élève dans son collège de Fenouillet (Haute-Garonne). Dans la foulée, Xavier Darcos déclare envisager l’installation de portiques de détection de métaux devant certains établissements. Quelques jours plus tard, lors du 90e Congrès de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), le ministre va plus loin, jugeant nécessaire de pouvoir fouiller les élèves suspectés de transporter des armes et proposant de réfléchir à la création d'«une force mobile d'agents» intervenant en milieu scolaire.

>> A lire, le reportage du Bondy Blog dans un lycée de Seine-Saint-Denis après les annonces de Xavier Darcos

Une intervention qui s'inscrit dans la droite lignée de celle de Nicolas Sarkozy le 18 mars dernier au lycée Jean-Baptiste Clément à Gagny (Seine-Saint-Denis), où une bande avait mené le 10 mars une expédition punitive. Le chef d'Etat annonce que les établissements scolaires doivent être «sanctuarisés» contre la violence et charge Christian Estrosi, maire (UMP) de Nice, de déposer une proposition de loi contre les bandes violentes.

A l'approche des européennes

Point d'orgue de ce come-back sécuritaire du gouvernement, perçu comme tel lors de l'intervention de Nicolas Sarkoy le 22 avril à Nice, un grand raout est prévu jeudi à l'Elysée: le Président réunit les principaux acteurs de la sécurité, de la chaîne pénale et de l'Education nationale. La veille (ce mercredi), Michèle Alliot-Marie aura justement présenté son projet de loi Loppsi 2, un texte fourre-tout qui prévoit de mobiliser 2,5 milliards d'euros pour la sécurité intérieure d'ici à 2013.

D'aucuns estiment que le gouvernement a remis les questions de sécurité au centre de ses préoccupations à l'approche des européennes du 7 juin, premier test électoral à mi-mandat. Nicolas Sarkozy s'en était défendu à Nice, affirmant que «depuis 2002, il y a sept ans, il n'y a pas un jour sans que je me sois préoccupé de cette question.»

Si l'on regarde de plus près les chiffres concernant le problème des armes au collège et lycées, les mesures proposées par Xavier Darcos peuvent somme toute sembler disproportionnées. Certes les détentions d'armes dans ou aux abords des établissements scolaires du second degré sont en augmentation. Selon les chiffres du ministère cités par «Le Parisien» et confirmés à 20minutes.fr par la rue de Grenelle, on en dénombrait 90 en 2007-2008, contre 159 entre septembre 2008 et mars 2009. Soit 80% de plus. Mais rapportés au nombre d'élèves concernés (4,5 millions dans le secondaire), ces chiffres restent mineurs. D'autant que les 159 détentions et 73 usages d'armes dénombrés le sont autant à l'extérieur qu'à l'intérieur des établissements. Au total, seules 19 intrusions avec armes ont été recensées dans les 7.800 établissements publics du second degré.

«Une réalité plus complexe»

Une goutte d'eau dans un océan de violences scolaires, principalement verbales et physiques. En 2007-2008, plus de la moitié des agressions physiques ont entraîné des soins médicaux pour la victime (54%) et trois sur cinq ont fait l’objet d’un signalement ou d’une plainte (61%). Le phénomène n'est donc pas à banaliser. Mais seul un acte de violence sur dix a été commis en utilisant une arme, exclusivement «blanche» ou un objet utilisé comme une arme.

«Les formes de violence ont changé, les atteintes sont effectivement plus brutales qu’auparavant, mais elles cachent une réalité plus complexe», explique à 20minutes.fr Fréderic Fappani, spécialiste des sciences de l’éducation, déplorant que le gouvernement réagisse à l’actualité de manière expéditive. Complexité et campagne ne font pas forcément bon ménage.