Eglise de scientologie: «Ce procès, c'est quitte ou double»

JUSTICE Les victimes espèrent une dissolution de l'organisation alors que cette dernière s'estime victime d'un «procès en hérésie»...

MD (Avec agence)

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Un centre de l'Eglise de scientologie, dans le XVIIe arrondissement de Paris.
Un centre de l'Eglise de scientologie, dans le XVIIe arrondissement de Paris. — P. VERDY / AFP

Secte pour les uns, religion pour les autres, l'Eglise de scientologie fait débat. Pendant quatre semaines, l'avenir de l'organisation sera au coeur des discussions de la 12e chambre correctionnelle de Paris. Jugée pour escroquerie en bande organisée, la scientologie risque la dissolution. «Ce procès, c'est quitte ou double», pour Catherine Picard, qui préside l'association de défense des victimes de sectes Unadfi.

Si la Scientologie a déjà été l'objet de plusieurs procès en France, «c'est la première fois qu'elle est renvoyée en correctionnelle pour escroquerie en bande organisée», saluait avant l'audience l'avocat des plaignants, Olivier Morice, satisfait que la justice puisse «examiner les responsabilités des scientologues».

Des cours de «réparation de vie»

On reproche à l'Association spirituelle de la Scientologie (ASES-CC), à sa librairie (la SEL) et à six scientologues d'avoir soutiré des dizaines de milliers d'euros à quatre anciens adeptes, en profitant de leur vulnérabilité. Les prévenus encourent un maximum de sept ans de prison. Certains sont poursuivis pour exercice illégal de la pharmacie. Ils sont soupçonnés d'avoir, entre 1997 et 1999, trompé les plaignants «en recourant systématiquement à des tests de personnalité dépourvus de valeur scientifique (...) dans la seule perspective de vendre des services ou divers produits». Ces services étaient des cours de «réparation de vie», des séances de purification, ou encore des cocktails de vitamines.

Selon l'accusation, le centre de scientologie, sous couvert «d'identifier et de résoudre (les) difficultés psychologiques prétendues ou de favoriser l'épanouissement personnel» des plaignants a eu «pour seul but de capter leur fortune» en «exerçant une emprise psychologique» sur eux.

Acharnement et hérésie

Mais l'organisation se défend. Il s'agit d'un «procès en hérésie», répond la porte-parole de la Scientologie en France, Danièle Gounord, tout en déplorant cet «acharnement» contre cette religion trop «nouvelle» pour être acceptée par tous. «Des accusations mensongères», pour Danièle Gounord. La scientologie ne manque d'ailleurs pas de rappeler que sur les quatre plaignants initiaux, deux se sont désistés. Et pour cause, leur répond Catherine Picard, de l'Unadfi (définir), «ils se sont désistés parce qu'ils ont été achetés ou harcelés».

Le mouvement fondé en 1954 par l'écrivain américain de science-fiction Ron Hubbard, qui revendique 12 millions de membres dans le monde et 45.000 en France, est considéré comme une religion aux Etats-Unis. En France, il a été classé comme «secte», dans un rapport parlementaire de 1995, jamais actualisé depuis. En cas de condamnations, les poursuites font encourir à l'Eglise de scientologie la dissolution de ses structures françaises. Toutefois, si elle était prononcée, elle devrait être confirmée en appel puis en cassation. Le procès doit s'achever le 17 juin et le jugement être mis en délibéré.