Universités: les blocages s'achèvent, pas le conflit

EDUCATION Les cours ont repris dans les facs parisiennes en pointe de la contestation mais certains visent déjà la rentrée de septembre...

Catherine Fournier (avec agence)
— 
La faculté de lettres et sciences humaines de Nancy 2 est fermée administrativement depuis plusieurs semaines.
La faculté de lettres et sciences humaines de Nancy 2 est fermée administrativement depuis plusieurs semaines. — POL EMILE/SIPA

«Je comprends ceux qui sont inquiets pour leurs examens, mais nous ne pouvons pas lâcher maintenant. Sinon, nous donnons un mode d'emploi au gouvernement pour les conflits à venir: faire durer le mouvement jusqu'à mai pour que les profs reprennent les cours et signent la fin de la mobilisation.» C'est l'inquiétude que confiait début mai à «20 Minutes» Bruno Truchet, enseignant-chercheur et élu Snesup à l'université de Provence, est-elle devenue réalité?


Le déblocage, mardi, des universités parisiennes en pointe de la contestation universitaire depuis quatre mois, dont l'emblématique Sorbonne, marque en effet un tournant dans le mouvement des étudiants et enseignants-chercheurs. Dans les assemblées générales, la balance a fini par pencher en faveur de la tenue des examens, le ministère et une majorité de présidents d'universités refusant les solutions alternatives telles que la neutralisation du semestre ou sa validation automatique.


Six universités encore très perturbées


Pour autant, la contestation qui dure depuis seize semaines ne paraît pas stoppée, et il n'est pas encore certain que les examens se tiennent dans tout le pays. «Malgré la tendance à la reprise des cours qui est générale, il subsiste quelques perturbations», a reconnu Valérie Pécresse ce mercredi à l'Assemblée nationale, citant les cas des universités de Caen et d'Amiens, toujours bloquées.


«Point fort» de la contestation, selon le ministère de l'Enseignement supérieur, Toulouse-II Le Mirail reste également bloquée, à l'instar de certains départements- en général de lettres et sciences humaines - des universités d'Aix-Marseille-I, Nancy-II et Reims (lire encadré).  


Les modalités d'examens en discussion


Et quand bien même les blocages sont levés, de gré ou de force, les discussions sur les modalités d'examens sont encore nombreuses, comme à Grenoble-III, Paris-X, Lyon-II. «Tout n'est pas fini. Il est possible que des groupuscules viennent perturber la reprise des cours et les examens, entraînant l'annulation de certaines épreuves», s'inquiète ainsi l'UNI. 


Si le syndicat étudiant (à droite) estime que ces poches de résistance ne relèvent plus d'un problème universitaire mais d'ordre public, les signes de désaccord entre la communauté étudiante et enseignante et la ministre persistent. 


Des professeurs de Paris-III, Paris-IV ou de l'Université de Strasbourg ont fait savoir qu'ils avaient accepté la reprise des cours «pour sortir du piège des examens», tout en ajoutant: «Nous ne céderons pas!» sur les réformes. Malgré les gestes successifs du gouvernement (concessions sur le décret du statut des enseignants-chercheurs, reculs sur la formation des enseignants, bourses maintenues pour les étudiants dont les examens sont reportés...) des inquiétudes subsistent. 


Rendez-vous en septembre


Plus globalement, le conflit a révélé une crise profonde. «Quelle que soit l'issue du mouvement, le problème de l'université ne sera pas réglé», déclarait fin avril dans «Le Monde» le philosophe Marcel Gauchet, qui a été depuis l'un des 29 premiers signataires du «Manifeste pour refonder l'université française». Au menu de ces refondateurs, dont le premier débat s'est tenu ce mercredi: apporter des réponses à l'échec élevé en licence, à la concurrence des grandes écoles ou aux problèmes de gouvernance des universités.


L'Unef, syndicat étudiants (à gauche), appelle ainsi à inscrire le mouvement dans la durée et à participer massivement aux deux journées de mobilisation le 26 mai et le 13 juin. D'autres voient plus loin et visent déjà la rentrée de septembre pour reprendre le flambeau de la contestation.

A Reims, les forces de l'ordre sont intervenues ce mercredi matin pour déloger sans incidents une vingtaine d'étudiants qui campaient depuis début avril sur le campus de l'université qu'ils bloquaient. Une assemblée générale a «pris acte» de l'intervention policière et décidé que les étudiants et enseignants hostiles à la réforme se contenteraient désormais d'arborer des signes ostentatoires de cette opposition.
 A Nancy-II, quelque 300 étudiants de la faculté de lettres et de sciences humaines, fermée par décision administrative à la suite de son blocage, ont voté mardi la reprise des cours tout en la conditionnant à un accord sur des «évaluations» de fin d'année qui remplaceraient les partiels.