Guet-apens à La Courneuve: «C'est la première fois que je vois utiliser des armes de ce calibre» en banlieue

VIOLENCES Des policiers ont essuyé des tirs alors qu'ils «convoyaient des gardés à vue après un examen à l'hôpital». Il n'y a pas eu de blessés...

Avec agence

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Trois personnes ont été interpellées mardi matin et sont actuellement en garde à vue dans le cadre de la disparition début mars de deux hommes vivant en couple dans un village du Cher, a-t-on appris de source proche de l'enquête.
Trois personnes ont été interpellées mardi matin et sont actuellement en garde à vue dans le cadre de la disparition début mars de deux hommes vivant en couple dans un village du Cher, a-t-on appris de source proche de l'enquête. — AFP/Archives

Des policiers ont essuyé à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) des tirs lors d'un guet-apens, un type de violence qualifiée de «rarissime» en banlieue parisienne. Des coups de feu, qui n'ont pas fait de blessés, ont été tirés d'une arme de type Kalachnikov dans la nuit de samedi à dimanche contre des policiers qui ont riposté.

«C'est la première fois (...), et je travaille depuis longtemps en banlieue parisienne, que je vois utiliser des armes de ce calibre dans le cadre des violences urbaines», a déclaré Jean-François Herdhuin, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de Seine-Saint-Denis, sur Europe 1. «Je n'en avais entendu parler que dans les affaires de grand banditisme. Là, nous sommes probablement dans un contexte de trafic de stupéfiant où on brasse vraisemblablement beaucoup d'argent», a-t-il ajouté.

Un des détenus rattrapés

Les faits sont survenus alors que des policiers «convoyaient des gardés à vue après un examen à l'hôpital», a indiqué dans un communiqué la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie. «Attendus par les occupants de deux véhicules», les policiers ont essuyé «le tir d'une rafale d'arme automatique» et ont «réussi à mettre en fuite (leurs) agresseurs» puis à «rattraper un de ces détenus qui tentaient de s'enfuir», selon ce communiqué.

Ce dernier avait été interpellé samedi après-midi à La Courneuve dans la cité HLM sensible dite des «4.000», selon des sources proches de l'enquête. «Connu des services de police et de justice», selon ces sources, il était suspecté d'avoir tiré contre des policiers à l'aide d'un pistolet à grenaille lors d'une intervention de ceux-ci. Il avait été transporté à l'hôpital Jean Verdier de Bondy, non loin de La Courneuve, pour un examen médical comme il est d'usage lors de chaque garde à vue.

«Arme de guerre»

Les conditions de l'échange de coups de feu lors du guet apens «restent à déterminer avec précision», a précisé une source policière. Cinq douilles de balles de calibre pouvant provenir d'une Kalachnikov ont été retrouvées sur les lieux peu après, selon cette source.

Mme Alliot-Marie a «condamné de façon absolue l'attaque perpétrée avec une arme de guerre» et «rendu hommage au professionnalisme de cet équipage» de policiers, assurant que «tous les moyens» seront déployés pour retrouver les auteurs. La ministre rencontrera lundi les policiers qui ont été les cibles des tirs. D'ors et déjà, Jean-François Herdhuin a annoncé dimanche un «dispositif policier renforcé» à la Courneuve, en particulier dans le quartier des «4.000».  «Des renforts venant de Paris ainsi qu'une compagnie de CRS supplémentaire sont prévus, nous allons mettre en place des patrouilles renforcées très dissuasives, avec fusils à pompe et pistolets mitrailleurs», a détaillé le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de Seine-Saint-Denis lors d'une conférence de presse. «Un gros dispositif de fouille est prévu, la police sera très offensive. Cependant, il y a une volonté forte de ne pas aggraver la situation et d'agir avec discernement», a-t-il ajouté. «Nous n'abandonnerons pas le terrain», a assuré le directeur départemental.



Le 22 février dernier, un policier avait été tué par balles à La Courneuve au cours d'une rixe dans le quartier des Quatre-Routes.

Les syndicats inquiets Unsa-police et Alliance ont exprimé leur vive inquiétude ce dimanche. «Nos collègues sont inquiets des dérives et des violences qui montent d'un cran en Seine-Saint-Denis», a déclaré à l'AFP Thierry Mazé, responsable d'Alliance, deuxième syndicat de gardiens de la paix. «Aujourd'hui encore, à la Courneuve une catastrophe a été évitée mais jusqu'à quand?», s'est interrogé pour sa part l'Unsa, selon lequel «les policiers nationaux sont toujours en première ligne sans qu'une réflexion pour "déminer" les banlieues n'ait été trouvée».