«Il était temps de remettre les députés absentéistes au travail»

INTERVIEW Marc Laffineur, le vice-président de l'Assemblée Nationale réagit à l'amendement voté hier qui prévoit qu'au-delà de deux absences par mois, les députés seront directement sanctionnés au portefeuille...

R.G

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Marc Laffineur, vice-président (UMP) de l'Assemblée nationale.
Marc Laffineur, vice-président (UMP) de l'Assemblée nationale. — AFP

Dorénavant, les mauvais élèves de l'Assemblée  nationale seront punis. Mercredi soir, les députés ont voté de nouvelles sanctions visant à limiter l'absentéisme de leurs pairs lors des réunions en commission. Selon l'amendement adopté au projet de réforme de l'Assemblée Nationale, les députés qui «sèchent» plus de deux fois par mois la commission du mercredi matin verront leur indemnité de fonction amputée de 25%. Soit 350 des 1.400 euros qu'ils perçoivent chaque mois. Mais comme l'indemnité de fonction équivaut elle-même à 25% de l'indemnité totale des députés (d'environ 7.000 euros brut), la sanction paraît  surtout symbolique. Interview de Marc Laffineur,  député UMP de Maine-et-Loire et vice-président de l'Assemblée nationale .

S'attaquer au portefeuille les députés qui font l'école buissonnière, la mesure vous paraît-t-elle efficace?


 Je suis tout à fait favorable à ce type de sanctions. On verra bien comme se passeront les choses dans la pratique, au fur et à mesure. Mais il était important de profiter de la réforme du fonctionnement de l'Assemblée pour la doter de règles contre l'absentéisme.

Ces derniers temps, l'hémicycle apparaît plus souvent vide que plein. Faut-il s'attendre à des changements de ce côté?

Il y n'y a pas tant de députés absents. Mais  il y  en a quelques uns qui viennent trop peu, et il était temps de les remettre au travail. Désormais, le mercredi matin est strictement consacré au travail en commission ;  aucune réunion ne se tient en parallèle. Il n'y a plus d'excuses pour ne pas venir. En ce qui concerne les séances publiques, la situation est différente. Ce n'est pas parce qu'il y a un vote ou un débat que les députés n'ont pas d'autres travaux et réunions auxquels ils sont tenus d'assister. C'est d'autant plus vrai quand ils cumulent plusieurs mandats.

Mais des règles sur l'absentéisme, il y en a déjà. En théorie, les députés ne peuvent manquer plus du tiers des votes ou des réunions de commission, sous peine de se voir retirer un tiers de leur indemnité. Pourquoi de nouvelles règles?

Oui il y avait déjà des règles, mais c'étaient des règles inapplicables. Chaque jour, plusieurs commissions et réunions avaient lieu à la même heure. Cette superposition empêchait une grande partie des députés d'être présents ou pouvait leur servir d'excuse. Ce n'est plus le cas maintenant.

Derrière ces premières sanctions, n'est-ce pas la question du cumul des mandats qui est abordée en filigrane?

Oui, un jour il faudra bien aborder le cumul des mandats, c'est  une chose certaine. On ne peut pas être à la fois président de région, maire d'une grande ville, conseiller...  et titulaire d'un mandat parlementaire. C'est totalement incompatible.

 En quoi le déroulement des commissions va-t-il  changer?

L'amendement oblige à plus de présence, donc à plus de connaissance des dossiers. Non pas que les députés ne faisaient ou ne savaient rien avant ça, ils ont une circonscription à gérer et souvent d'autres mandats, mais il y a un travail de fond qui est attendu de leur part. Avec cet amendement, le travail a plus de chance d'être fait.

Plutôt réticent aux sanctions financières, Jean-François Copé souhaitait retenir les députés à Paris du mardi matin au jeudi soir; est-ce envisageable ou à envisager?

En dehors du mercredi, la présence obligatoire pose plus de difficultés en raison des mandats et des nombreuses réunions qui se tiennent en même temps auxquelles les politiques doivent participer. On va d'abord voir ce que donne ce premier amendement avant d'aller plus loin dans les obligations ou les sanctions.