« Notre équipe peut jouer un grand rôle »

Recueilli par Laure de Charette

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Le MoDem a organisé plusieurs conventions thématiques. La prochaine porte sur le modèle européen. Quel est le vôtre ?

L'Europe doit défendre un projet de société fondé sur des valeurs humanistes, un pacte social. Dans une crise comme celle que nous traversons, un pays seul ne peut rien. Les gens l'ont compris récemment : seule la voix d'un grand ensemble peut peser sur les affaires du monde.

Pourtant, l'Europe et son organisation restent incompréhensibles pour une majorité de Français...

C'est tout le problème. Alors, nous proposons deux idées simples qui ne coûtent pas un euro. Aucune décision ne devrait être prise sans être annoncée par voie de presse trois mois avant, de sorte que les gens puissent saisir leurs élus, associations ou syndicats. Et les délibérations devraient être filmées et diffusées sur Internet ou à la télévision. Ainsi, les gouvernements français ne pourraient plus dire que c'est la faute de Bruxelles, alors qu'ils ont donné leur aval.

Cela suffirait à rapprocher les Français de l'Europe ?

Cela permettrait de leur montrer que l'Europe, c'est leur affaire, qu'ils sont en même temps citoyens français et européens. Un quart de nos lois, et non les trois quarts comme on le dit souvent, en dépendent. Il faut donc que les citoyens puissent se faire entendre.

Quelle est l'Europe dont vous rêvez ?

Il faut une avant-garde, constituée par les pays de la zone euro, capable de jouer un rôle dans les crises, d'établir des lois pour freiner la folie financière actuelle. Sinon, toutes les décisions seront prises dans un tête-à-tête entre la Chine et les Etats-Unis. On s'est trompé en faisant passer l'élargissement avant l'approfondissement. Pour moi, l'Europe n'est pas affaire d'experts, mais de citoyens. Elle doit s'occuper des grandes choses : la paix et la guerre, l'équilibre de la planète, l'eau, la pauvreté en Afrique, et moins des normes sur les aliments, les tondeuses à gazon ou les ascenseurs, que je préférerais voir confier à un organisme indépendant.

Pourquoi n'êtes-vous pas candidat à ce scrutin ? Pour être disponible pour la présidentielle en 2012 ?

J'ai siégé plusieurs années à Strasbourg. Mais aujourd'hui, l'essentiel du combat, y compris européen, se joue en France. Notre pays porte le seul modèle dans le monde capable de s'opposer à la société des inégalités. Je suis à mon poste de combat. Certains partis considèrent que Strasbourg est une voie de garage pour ministres hors-jeu. Pas nous. Notre équipe, avec des personnalités comme Jean-François Kahn, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage ou Robert Rochefort, a le poids nécessaire pour jouer un grand rôle en Europe.

Vous avez été député européen de 1999 à 2002. Quel souvenir en gardez-vous ?

J'ai été un eurodéputé heureux. C'est un univers moins batailleur que l'Assemblée nationale française. Là-bas, on est obligé d'écouter les autres. J'ai découvert que ce Parlement se bat vraiment pour les libertés et pour le respect du droit. Et qu'il y a des nuances entre pays : en France, les libéraux sont à droite, en Europe au centre-gauche. Et les socialistes français et européens ne sont pas du tout sur la même ligne !

A travers cette campagne, quel est votre objectif : l'Europe ou 2012 ?

Mon objectif est de faire naître un équilibre nouveau dans la politique française, et de faire élire de bons députés européens, porteurs d'une vision. W