A Paris III, le blocage s'éternise

UNIVERSITE Ce campus est un des derniers bloqués par le mouvement de protestation contre la réforme des universités. Reportage auprès des étudiants et enseignants, pour comprendre les raisons d’une telle crispation...

R.G
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Une AG à Paris III lors de la lutte contre le CPE en 2006.
Une AG à Paris III lors de la lutte contre le CPE en 2006. — AFP

Bordeaux, Toulon et Orléans, lundi. Grenoble III, Besançon et Dijon un jour plus tard. Par intervention des forces de l'ordre ou vote à main levée, les déblocages se suivent et ne se ressemblent pas. Ce mercredi, qui voit le ministère de l'enseignement supérieur se réunir sur la réforme de la formation des maîtrises ou «masterisation», la carte des universités encore bloquées ou perturbées se réduit à peau de chagrin. Les campus de Caen, Lille III, Toulouse II et Paris IV font figure d'irréductibles. À Paris III, ça bloque aussi. L'AG mixte étudiants/enseignants qui s’est tenue mardi dans un amphithéâtre de Censier l'a confirmé par 314 voix contre 224. Mais à l'approche des examens du second semestre, prévus du 25 au 30 mai, la poursuite du blocage est compromise.   


Pour Hugues Marchal, maître de conférence en littérature française et gréviste, si les étudiants bloquent encore, c’est parce qu’ils «ont l'intime conviction que les ministres concernés (Xavier Darcos à l'éducation et Valérie Pécresse pour l'Enseignement Supérieur) n'ont pas d'autre choix que de céder au blocage. Pour les enseignants, qu'ils bloquent ou pas, le plus important, maintenant, est que leurs étudiants valident leur second semestre.»


Mardi, Hugues Marchal et plusieurs confrères ont proposé une levée temporaire du blocage pour préparer les examens prévus par le conseil d'administration de l'Université. La motion a été rapidement rejetée. «Pour une partie des étudiants mobilisés, un arrêt du blocage, même temporaire, passe pour une preuve de faiblesse, explique Hugues Marchal. Ils tiennent tête aux ministres tout en ayant peur de ne pas valider leur semestre.» 


«Au pied du mur»


Idris fait partie du comité de mobilisation depuis le début du mouvement, le 27 janvier dernier. En deuxième année Cinéma à Paris III, l'étudiant reconnaît : «Nous sommes au pied du mur. Il faut empêcher de rentrer dedans de plein fouet. Nous voulons limiter les dommages collatéraux.» Sous ce terme, l'étudiant englobe ceux qui, parmi les étudiants étrangers, «doivent rendre des comptes à la préfecture». Mais aussi tous ceux pour qui la non tenue des examens ou la neutralisation (un semestre validé, les crédits manquants devant être récupérés durant le cursus) du semestre seraient préjudiciables. «On lèvera le blocage et on laissera les partiels avoir lieu du 25 au 30 mai», assure Idris. Avant de tempérer: «à condition que nos demandes trouvent un écho». 


Le comité de mobilisation demande à la présidence de Paris III la mise à disposition de tous les cours et son soutien formel dans la lutte contre les ministères. Pourtant défavorable aux mesures tant controversées, la présidence de l’université n'a jamais pris publiquement position pour le mouvement. Si d'ici le conseil d'administration de vendredi matin aucun geste n'est entrepris en direction des grévistes, «on court au drame», prévient Idris. «Sans le soutien de la présidence, on bloquera lors des partiels.» Le bureau de Marie-Christine Lemardeley n'a pas souhaité répondre aux questions de 20minutes.fr.


«Il y aura des démissions»


L'hypothèse la plus probable reste cependant celle du bon déroulement des examens. Au cas où les négociations avec le ministère n'aboutissent pas avant la tenue des partiels et les vacances, les grévistes devront trouver de nouveaux moyens d'actions. «Ce n'est pas parce que les blocages se lèvent que le mouvement s'essoufle. Les formes d'action changent et vont changer», défend Valérie Robert, maître de conférence à Paris-III et membre du collectif Sauvons l'université. Idris est aussi de cet avis: «On est parti pour avoir des examens mais la grève continue. Il va falloir réfléchir à de nouvelles modalités d'action pour la rentrée». 


Pour Hugues Marchal, les possibilités d'action restent étendues. De la poursuite des négociations, «même si elles sont le plus souvent rejetées par le ministère», à la résistance passive, comme la tenue de cours ne respectant pas les maquettes définies par le ministère, Hugues Marchal n'exclut pas le boycott des jurys du baccalauréat par les membres de l'enseignement supérieur. Le gréviste se veut toutefois confiant sur la suite des événements: «Les fameuses rondes, comme celle qui a tourné sur la place de l’Hôtel de ville de Paris, vont continuer. Il y aura aussi des démissions administratives, que ce soit dans les facs ou depuis le Conseil national des Universités. Le mouvement ne s'arrête pas à la grève, on va multiplier les propositions.» 

Grève La Coordination nationale des universités (CNU), qui a appelé à la non-tenue des examens, prépare la suite du mouvement.  Elle a voté ce mercredi l’organisation, en septembre, d'une «université d'été de l'Université» où seront discutées les formes d'action à mettre en place à la rentrée.