Les étudiants de la Sorbonne essaient de sauver leur année

UNIVERSITES Certains n'ont pas eu cours depuis plusieurs mois. Devant l'imminence des examens et en l'absence de cours, les jeunes de licence et de master s'organisent...

R.G

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AFP

«Une heure d'histoire antique dans le jardin du Luxembourg, deux dans les couloirs, une autre dans un café». Sur 18 heures d'enseignement prévues chaque semaine à la Sorbonne, Baptiste n'en compte que 10, dont six seulement ont eu lieu dans une salle de classe. Et encore, le jeune étudiant en troisième année d'histoire s'estime privilégié: «J'ai eu presque tous mes cours, mais c'est très aléatoire, explique-t-il. Il faut avoir la chance de tomber sur une salle ouverte. A Clignancourt, pour les premières années, c'est de l'ordre de l'impossible.»

Comme de nombreux autres étudiants en licence ou en master, Baptiste était ce mardi après-midi à l'assemblée générale étudiante tenue dans l'un des amphithéâtres de la Sorbonne. On y discutait entre autre de l'organisation d'une session d'examens au mois de juin, ou en cas de refus, de la possibilité de «neutraliser» le semestre de l'année en cours: les étudiants ne seraient plus évalués que sur leurs premiers mois de travail. «Il y aura forcément des arrangements, se rassure Clémence, en troisième année de lettres modernes appliquées. Ce serait hypocrite de faire des examens, ça reviendrait à brader notre diplôme.»                    

                                                                                                                               
«S'il y a des partiels, je ne serai pas prêt»
 
Clémence soutient le mouvement qui rassemble professeurs, personnels administratifs et étudiants. Elle n'y participe pas activement mais se dit «prête à sacrifier un semestre» pour la cause. Un avis qu'Anne-Victoire est loin de partager. De retour d'une leçon prodiguée dans un parc de la capitale, l'étudiante en première année de lettres modernes n'a pas eu de cours en salle depuis quatre mois. Du coup, elle travaille seule. «Je prépare les cours sur Internet et renvoie les dissertations aux professeurs. Mais si j'avais voulu faire des cours à distance, je ne serais pas étudiante à la Sorbonne. On n'est pas prêts à travailler tout seuls, c'est inadmissible», s'indigne-t-elle.

Dans la mêlée des pour et des contre, il y a ceux qui gardent le cap. Julien en fait partie. Même avec un cours sur trois d'assuré, Julien «travaille comme si l'année continuait tranquillement». Il se force à lire plus de bouquins qu'en temps normal, «pour éviter d'être largué». Ce retard, justement, après plusieurs semaines de blocage et de grève, Baptiste craint de ne pouvoir le combler: «S'il y a des partiels, je ne serai pas prêt. J'ai à peu près tous mes cours en polycopiés mais c'est insupportable. Ça n'a strictement rien à voir avec le travail en salle. Pour moi, lire vient en complément d'un cours oral, ça ne peut pas être la source principale d'enseignement.»

«Chacun s'organise en conséquence»

Du côté du comité de mobilisation, on souhaite maintenir le mouvement, mais les craintes demeurent chez des grévistes qui sont avant tout des étudiants. Charlotte aura 21 ans la semaine prochaine. L'étudiante en lettres modernes fêtera sûrement son anniversaire entre une réunion du comité de mobilisation et une séance de révision. «Je travaille toute seule, je fais des dissertations, certains professeurs les corrigent et me les renvoient. Qu'on soit dans le mouvement ou non, on craint tous pour notre année, on veut tous passer nos examens. Chacun s'organise en conséquence.»

Finalement, les étudiants présents à l'Assemblée générale (AG) ont choisi d'attendre. La suite des évènements se décidera lors d'une AG commune aux professeurs et à leurs élèves.