Grippe A (H1N1): les autorités sanitaires n'ont pas affolé la population pour rien

SANTE Pour l'épidémiologiste Pierre Saliou, elles ont mené une action de prévention efficace...

Julien Ménielle

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Un passager à Roissy Charles-de-Gaulle, le 29 avril 2009.
Un passager à Roissy Charles-de-Gaulle, le 29 avril 2009. — REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le 24 avril dernier, la Direction générale de la santé annonce «la survenue de cas groupés d’infections respiratoires sévères dans plusieurs villes du Mexique». Dès le lendemain, le nom de grippe porcine est lâché par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son directeur général convoque un comité d'urgence et envoie des experts sur place pour définir si la phase 3 d'alerte pandémique déjà mise en place doit être réévaluée. Dans les jours qui suivent, les autorités sanitaires multiplient les déclarations inquiétantes sur le virus et l'épidémie. Depuis dimanche, la tendance est plutôt à l'apaisement. En ont-elles trop fait? Pas si sûr, au regard des éléments dont elles disposaient.

Un virus inconnu
La souche responsable de l'épidémie est nouvelle, et son nom changera même plusieurs fois. Dans les premiers jours, les autorités disposent de peu d'informations sur son origine ou sa virulence. Ce qui explique à la fois les précautions prises et les incertitudes du discours. Aujourd'hui, Pierre Saliou, épidémiologiste agrégé du Val de Grâce et président de la Société de pathologie exotique, assure à 20minutes.fr qu'il «n'est pas plus méchant qu'une grippe saisonnière». Mais il n'a pas livré tous ses secrets pour autant, et si le pic épidémique est censé être passé, Pierre Saliou se méfie: «Qui sait comment il va évoluer d'ici à l'automne prochain?»

Des cas dans de nombreux pays
Si les premiers cas ont semblé circonscrits au Mexique et aux Etats-Unis, des patients contaminés sont annoncés au Canada et en Espagne dès le 27 avril. Au total, vingt pays étaient touchés ce lundi. Pour Pierre Saliou, il y avait bien lieu d'agir, et de communiquer puisqu'il estime que c'est «sans doute un facteur majeur pour contrôler la diffusion d'un virus». C'est même, selon lui, la raison pour laquelle le virus ne s'est pas étendu plus rapidement. Il pense même que «nous aurions pu être plus drastiques sans exagérer», notamment en ce qui concerne «les avions en provenance du Mexique», qui n'atterriront dans un espace dédié de Roissy qu'à partir de mardi.

La médecine n'est pas une science exacte
«Il convient de maintenir la vigilance», met en garde Pierre Saliou. Car la saison de la grippe va débuter dans l'hémisphère sud, mais son développement est imprévisible. Il s'inquiète par exemple de l'«implantation du virus en Afrique, où les précautions pourraient être parfois difficiles à appliquer». Et même s'il réaffirme que «le virus est sensible au Tamiflu», le spécialiste sera plus à son aise quand le vaccin sera mis au point. Selon lui, «avec les délais prévus de quatre à six mois, on devrait être dans les temps pour une éventuelle épidémie hivernale». Enfin une bonne nouvelle.

>>> Et les médias, en ont-ils trop fait? La réponse par ici.