A Fresnes, surveillants contre CRS

REPORTAGE Des surveillants pénitentiaires chargés par des gendarmes mobiles, ça ne se voit pas tous les jours, surtout quand les premiers hurlent leur exaspération aux cris de «CRS SS!»...

Bastien Bonnefous

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Des surveillants bloquent l'entrée de la prison de Fresnes, le 4 mai 2009.
Des surveillants bloquent l'entrée de la prison de Fresnes, le 4 mai 2009. — AFP/JACQUES DEMARTHON

«Aujourd’hui, c’est nous. Demain, c’est vous!» Des surveillants pénitentiaires chargés par des gendarmes mobiles, ça ne se voit pas tous les jours, surtout quand les premiers hurlent leur exaspération aux cris de «CRS SS!». Signe du ras-le-bol général qui monte dans les prisons françaises, ils étaient une petite centaine de gardiens à bloquer lundi matin l’entrée de la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). Pendant toute la matinée, ils ont joué au chat et à la souris avec les CRS venus les déloger, souvent sans ménagement, à coup de bombes lacrymo et de matraques. L’Ile-de-France a été particulièrement touchée, avec des actions devant les établissements de Fleury-Mérogis, Bois-d’Arcy, Villepinte et Osny.

A Fresnes, les extractions de détenus et les allées et venues de fourgons en ont été lourdement retardées, sauf pour les accusés du «gang des barbares» actuellement jugés devant la cour d’assises des mineurs de Paris. «On avait prévu de les laisser passer, par respect pour les parties civiles, on ne voulait pas gêner le déroulement de ce procès», explique Christophe Madelaine, délégué FO.

«Surveillant, ce n’est pas une vocation»

Derrière les barricades de fortune (pneus et palettes de bois), une expression revient sur toutes les lèvres: «le manque de reconnaissance». «On en a marre, ça monte depuis des années et aujourd’hui ça pète, résume Thierry, surveillant Ufap. Notre quotidien, ce sont les insultes, les agressions, l’insécurité, pour un salaire de misère, et ça, on veut que ça change.» Laure travaille à Fresnes depuis un an. Moyenne dans cette maison d’arrêt: un surveillant pour cent détenus. Fresnes est loin d’être une exception. D’emblée, Laure prévient: «Surveillant, ce n’est pas une vocation, faut qu’on mange, comme tout le monde.» Pour «1.300 euros net par mois», la jeune femme assure «une nuit de présence tous les quatre jours». Surtout, elle ne travaille pas l’esprit tranquille. Elle décrit «le stress permanent», les détenus «qui ne comprennent pas notre manque de temps et qui sont du coup de plus en plus agressifs». «Moi, j’ai déjà été menacée par un détenu, ce n’est pas normal, on n’est pas payé pour ça.»

Tous, comme Linda, sa collègue, dénoncent une politique gouvernementale «coupée des réalités». «On ajoute en permanence de nouvelles missions aux surveillants, comme augmenter la durée des parloirs ou les activités des détenus, mais sans nous donner les moyens. Sur Fresnes, il manque 60 agents, soit une équipe complète! Résultat, on passe notre temps à courir, ouvrir et fermer des grilles. C’est l’usine, l’abattage», explique cette surveillante, en poste depuis six ans, qui accuse «25 à 35 heures supplémentaires de travail par mois».

La menace de la «grève des trousseaux»

En retrait, Jean-François Forget, leader de l’Ufap, ne mâche pas ses mots contre la Chancellerie. «Rachida Dati est complètement à côté de la plaque, elle ne comprend rien. On dénombre dix suicides de personnels pénitentiaires depuis le début de l’année, on tourne en moyenne à six agressions par jour de surveillants en France. Si le gouvernement ne veut rien entendre, on va durcir le ton», prévient le responsable syndical, n’excluant pas «un débrayage total de tous les surveillants dès la semaine prochaine».