La voiture a de moins en moins droit de cité

Mickaël Bosredon, avec nos éditions régionales

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Les grandes villes repartent à la chasse aux voitures. Demain, la mairie de Strasbourg va annoncer un nouveau plan du stationnement en centre-ville. Le maire, Roland Ries (PS), annonce la couleur : « Il faut débarrasser la voirie autant que l'on peut ou ne permettre aux gens de s'y garer que sur des plages horaires très, très courtes. » A Nantes, la mairie (PS) vient d'élargir la zone du stationnement payant : près de 4 000 places sont passées en zone jaune (0,70 eur/h). Et si Paris veut dorénavant assouplir les règles, plus de 30 000 places gratuites avaient été supprimées sous la précédente mandature.

« Nous ne voulons pas faire baisser la fréquentation de l'hypercentre, mais changer les modes d'accès et de stationnement », explique l'adjoint à la Circulation de Strasbourg, Olivier Bitz. « Ces mesures sont impopulaires mais nécessaires, explique Danièle Vulliet, du Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques). On prend trop souvent sa voiture pour de petits déplacements : un trajet sur deux est réalisé sur une distance inférieure à 3 km. Chaque fois que c'est possible, il faut chercher un mode alternatif. » Cela semble marcher : « Depuis 2006, toutes nos enquêtes [à Lille, Lyon, Rennes, Rouen et Reims] montrent que les déplacements en voiture stagnent ou baissent légèrement, assure Jean-Marie Guidez, du Certu. C'est historique, la part de l'auto avait toujours augmenté jusqu'ici. »

Les conséquences restent faibles : Paris est toujours la seule ville en France où les déplacements en transports en commun sont plus nombreux que ceux en voiture. Mais cela ne devrait pas durer. Lille envisage déjà de ramener son taux de déplacements en voiture de 54 % à 35 % et de doubler la part des transports en commun. Avec l'arrivée des vélos et des voitures partagées, c'est toute la physionomie du centre-ville qui va être modifiée. « L'évolution se fera lentement, car il ne faut pas brusquer les choses, et surtout proposer un "cocktail de mobilités" équilibré », prévient Danièle Vulliet. Pas question donc d'interdire le stationnement sur la chaussée en bord de trottoir, comme au Japon.

Gare néanmoins à la saturation des trams et des métros, qui connaissent une explosion de leur trafic. « Nous avons besoin d'investissements massifs, réclame Chantal Duchêne, directrice générale du Gart (Groupement des autorités responsables de transport) pour faire face à cette nouvelle tendance. Il faudra aussi, inévitablement, augmenter le prix des transports. »

« L'équilibre actuel des mobilités est en train de s'effondrer, constate Jean-Marie Guidez. Il y aura une période transitoire difficile à gérer, car nous n'avons pas assez investi dans les transports en commun. La population partie habiter dans le périurbain lointain pourrait être victime de ces mutations. » W