«Les syndicats sont donc toujours perçus par certains comme des Robins des bois»

INTERVIEW René Mouriaux, politologue spécialiste du syndicalisme, revient sur la perception des syndicats par les Français

Recueilli par D. B.

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Les Français sondés ont une bonne image des syndicats, mais les considèrent en perte de vitesse, comment l’expliquez-vous?
Dans tous les sondages, les syndicats recueillent une opinion majoritairement favorable, meilleure que celle des partis et des institutions, car les Français leur reconnaissent un rôle historique. D’ailleurs, la participation aux élections professionnelles est très bonne, puisqu’elle tourne généralement autour de 75%. En revanche, ce sondage montre qu’ils perçoivent bien les difficultés des syndicats face à la crise, car ces derniers ont peu de marge de manœuvre pour négocier avec le patronat et les politiques.

La virulence des conflits sociaux de ces derniers mois a-t-elle entaché leur image?
Non. Les séquestrations de patrons, par exemple, sont tolérées par une partie de l’opinion publique, car cette méthode d’action typique du syndicalisme révolutionnaire a des objectifs clairs: obtenir l’augmentation des indemnités de licenciement des salariés. Les syndicats sont donc toujours perçus par certains comme des Robins des bois.

Quelle est votre lecture du classement des syndicats préférés des Français?
Le fait que la CGT arrive en tête n’est pas étonnant car c’est le premier syndicat de l’histoire française. Il continue aussi à bénéficier de ses grandes conquêtes du Front populaire, comme par exemple l’instauration des quarante heures de travail hebdomadaires ou des congés payés. Par ailleurs, la prime est donnée aux syndicats confédérés (qui regroupent leurs adhérents par branches professionnelles), dont l’action est plus visible et à ceux ayant le discours le plus revendicatif, tel quel FO. A contrario, la CFDT, qui adopte des positions plus modérées, n’arrive qu’en troisième position.

Leur représentativité est assez contestée par les sondés. Cela justifie-t-il la réforme en cours (lire l'encadré)?

Oui, car elle va dans le bon sens. Un moins grand nombre de syndicats pourra négocier des accords d’entreprises, ce qui va augmenter la lisibilité de leur action auprès des salariés et renforcer leur rôle à terme.