« Il en faut vraiment beaucoup aujourd'hui pour faire plier le pouvoir politique »

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A la veille du 1er Mai, qui prend l'ascendant psychologique ? La rue ou le pouvoir ?

La manifestation s'annonce importante, cela joue en faveur des syndicats. Mais leur marge de manoeuvre est étroite entre le mécontentement des salariés et la prudence nécessaire dans le rapport de force avec le pouvoir politique.

Les syndicats sont-ils vraiment plus forts parce qu'ils montrent un front uni ?

Pas forcément, la médaille a son revers : le risque est que l'unité soit une fin en soi et qu'elle se fasse au prix d'un amaigrissement des revendications. Il n'y a, par exemple, aucune revendication chiffrée, comme les 200 eur en Guadeloupe, faute de consensus.

Peuvent-ils espérer un changement de cap, vu la fin de non-recevoir du gouvernement après les 29 janvier et 19 mars ?

Il en faut vraiment beaucoup aujourd'hui pour faire plier un gouvernement. Depuis les manifestations géantes de 2003 pour les retraites, le pouvoir politique a montré qu'il était capable de ne pas céder à des mouvements qui envoient pourtant des millions de personnes dans la rue. Il ne joue plus le jeu traditionnel des relations sociales. Les jeunes peuvent infléchir sa politique, les salariés moins. Au mieux, ils peuvent espérer des petits pas en avant supplémentaires, sur le pouvoir d'achat par exemple.

Que faudrait-il pour que le gouvernement infléchisse sa politique ?

Les défilés du 1er Mai ne suffiront pas. Seule la conjugaison de plusieurs ingrédients - Fête du travail, conflits dans les universités, les hôpitaux - peut jouer, par crainte d'une multiplication à l'infini de mouvements incontrôlables tendant à se radicaliser.

Mais serait-il encore crédible s'il fléchissait ?

Oui, car l'opinion publique, au-delà de l'électorat de gauche, soutient ce mouvement. W

Recueillis par Laure de Charette