Des hommages pas très gay

Laure de Charette, avec nos éditions locales

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Toutes les victimes des camps nazis n'ont pas droit de cité aux côtés des anciens combattants. Hier a eu lieu la 64e Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation. Mais comme chaque année, les homosexuels - considérés pendant l'Occupation comme des « asociaux » et marqués d'un triangle rose ou noir dans les camps - ont parfois rencontré des difficultés à se joindre aux cérémonies.

Ainsi à Marseille, Lille ou Tours, les représentants des associations homosexuelles ont été invités à la cérémonie officielle, mais priés d'acheter et de déposer leur propre gerbe, une fois la célébration officielle terminée. « J'ai du mal à comprendre cette reconnaissance à géométrie variable, s'insurge le président du Mémorial de déportation homosexuelle (MDH), Hussein Bourgi. Nous ne sommes pas dans une démarche de conquête mémorielle mais de partage. Il ne faut pas hiérarchiser les victimes, ce sont tous des compagnons d'infortune. »

A Paris, Bordeaux, Strasbourg ou Montpellier, résistants, déportés et homos ont tout de même pu rendre hommage ensemble à leurs déportés en déposant une gerbe de fleurs unique. Et des communes comme Angers, Montreuil ou Arcueil ont même convié pour la première fois les gays à se joindre aux cérémonies aux côtés des anciens combattants. Mais la gerbe a été volée à Montreuil, soulevant l'ire du MDH, qui va porter plainte.

La déportation homosexuelle est restée longtemps méconnue. En 2007, la Fondation pour la mémoire de la déportation a dénombré, après trois ans de recherche, 63 cas de Français emmenés dans les camps parce qu'ils étaient gays ou lesbiennes. Selon certaines estimations, environ 75 000 homosexuels ont été déportés ou internés dans les prisons du Reich. W