Antennes relais: un Grenelle pour capter l'attention

ONDES Le gouvernement veut rassurer, les associations comptent taper du poing sur la table...

Maud Noyon

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Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), qui considère que "le débat est loin d'être tranché scientifiquement", a annoncé la création prochaine d'un observatoire sur l'impact sanitaire des antennes-relais, réunissant opérateurs, associations, usagers et habitants.
Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), qui considère que "le débat est loin d'être tranché scientifiquement", a annoncé la création prochaine d'un observatoire sur l'impact sanitaire des antennes-relais, réunissant opérateurs, associations, usagers et habitants. — Jacques Demarthon AFP/Archives

Le très attendu «Grenelle des ondes» s'ouvre ce jeudi à Paris, dans un contexte brouillé. Face à la volonté du gouvernement de tranquilliser les Français sur la question des antennes-relais, les associations et quelques élus voient dans les tables rondes de la téléphonie mobile l'occasion de taper du poing.

On vous ment, on vous irradie: le message des anti-ondes est reçu 5 sur 5 par des riverains, inquiets pour leur santé, qui n'hésitent plus à attaquer les opérateurs. L'Etat se veut rassurant. Selon ses agences, le téléphone portable contribue peu au brouillard électromagnétique dans lequel nous baignons depuis cinquante ans (télévision, radio, etc.).

Habitudes vs. inquiétudes

Qui croire? D'un côté comme de l'autre, on met en doute la fiabilité des experts et des études. Les usagers ont déjà pris parti: selon un sondage BVA, 80 % des Français sont favorables à une meilleure réglementation des antennes. Dans le même temps, nombreux sont les mordus du portable (plus de 90 % de la population équipée) qui veulent pouvoir échanger des SMS en haut des pistes ou regarder les résultats de Ligue 1 dans le TGV. Ce qui nécessite l'implantation de nouvelles antennes, plus puissantes.

Obligation est même faite aux opérateurs de couvrir 99 % du territoire: 2 000 émetteurs sont donc installés chaque année (49.000 au total). D'où l'embarras des maires, qui doivent donner leur accord pour les implantations sur les bâtiments publics. A moins que la justice ne tranche une fois pour toutes, après trois décisions historiques. En février dernier, la cour d'appel de Versailles a, par exemple, contraint Bouygues Telecom à démonter une antenne dans le Rhône. Raison invoquée : l'«incertitude» concernant un éventuel impact sur la santé des riverains.

Abaissement des seuils d'exposition

Une incertitude instillée par le ministère de la Santé qui se contente de renvoyer aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, en deçà de certaines normes européennes. Les utilisateurs français doivent-ils «griller» dans l'indifférence? se demandent les associations. Parmi elles, Priartem et Agir pour l'environnement demandent l'application du principe de précaution, avec davantage d'information à l'achat des cellulaires, ainsi que l'abaissement des seuils d'exposition autorisé de 41 à 0,6 V/m.

Une idée reprise dans une proposition de loi au Sénat, qui veut multiplier les antennes plus petites, émettrices d'ondes moins fortes et donc potentiellement moins nocives. Ce qui signifierait de lourds investissements pour les opérateurs. Un débat compliqué en perspective pour ce Grenelle, qui se prolongera le 6 mai, avec un focus sur les antennes-relais, le 14 mai, avec une demi-journée sur les portables et se terminera le 15 mai.