Les salariés de Continental en route vers Hanovre

De nos envoyées spéciales, Maud Descamps et Angeline Benoit

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Les représentants des salariés de l'usine Continental de Clairoix sont sur le départ, mercredi 22 avril, pour se rendre à Hanovre (Allemagne) pour assister à une assemblée générale des actionnaires du groupe allemand.
Les représentants des salariés de l'usine Continental de Clairoix sont sur le départ, mercredi 22 avril, pour se rendre à Hanovre (Allemagne) pour assister à une assemblée générale des actionnaires du groupe allemand. — Sébastien Ortola/20minutes
De nos envoyées spéciales à bord du train

Ils sont tous montés à bord en gare de Compiègne. Les 1.120 places du train Corail, spécialement affrété par le comité d’entreprise, qui les conduits à Hanovre, sont occupées. Appuyés aux fenêtres, les salariés de Continental font signe à leurs collègues, à leurs familles et aux quelques élus restés sur le quai. 20h20, le train démarre. Il lui faudra la nuit entière pour rallier l’Allemagne.

«Le plus gros chèque possible»

L’ambiance s’annonce festive. Sifflets, hourras et cornemuses fusent de toute part. Il est difficile de se frayer un passage entre les salariés assis à même le sol. Stéphanie, brune au visage mince, est venue soutenir son mari, ouvrier chez Continental. Casquette vissée sur la tête, elle fait la moue, «on sait très bien que l’usine va fermer. Si on va en Allemagne, c’est pour montrer qu’on va se battre pour partir avec le plus gros chèque possible.»

Dans un premier compartiment, un ouvrier d’une cinquantaine d'années, l’air abattu, reste assis seul à observer le paysage. A côté, l’ambiance est toute autre. Un jeune homme à lunettes rit de voir un agent de la SNCF faire l’état des lieux des wagons. Le train passe à proximité du site de Clairoix, le long des gigantesques entrepôts de l’usine. Un des ouvriers, un verre de rhum orange à la main, entame la conversation. «J’avais une bonne petite place. Ce qu’ils nous ont fait, ce n’est pas bien», lance-t-il, précisant qu’il gagne 2.000 euros nets par mois après trente-trois ans de service. «Cela fait cinq semaines que l’on tourne en rond. On va arrêter d’être gentil».

Ils ont opté pour la nuit blanche

Pour Xavier, depuis dix ans chez Continental, c’est l’incompréhension. Ce blond aux yeux bleus a le visage légèrement rosi par les quelques verres d’alcool déjà bus. «Ils ont programmé toutes les machines ici et maintenant ils veulent les emmener en Roumanie», dit-il en allumant une cigarette. «Ici, on n’est pas aux Etats-Unis. On n’acceptera pas de faire trois boulots dans la même journée pour survivre».

La nuit commence à tomber. Certains ont baissé les rideaux et verrouillé les portes pour se préparer à la longue journée qui les attend. D’autres ont visiblement opté pour une nuit blanche. Dans tous les cas, jeudi, ils seront tous unis pour se faire entendre des actionnaires dans les rues de Hanovre.