Thierry Saussez: «Il a fallu s'adapter au rythme de Sarkozy»

INTERVIEW Directeur du Service d'information du gouvernement (SIG) depuis un an, Thierry Saussez présente les prochaines campagnes officielles et annonce le lancement d'un grand portail Internet public...

Recueilli par Anne Kerloc'h et David Carzon.

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Thierry Saussez, directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), le 21 avril 2009.
Thierry Saussez, directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), le 21 avril 2009. — S. ORTOLA/20 MINUTES
Cela va faire un an que vous avez été nommé délégué interministériel à la communication. Comment avez-vous réorganisé la com gouvernementale?

L’enjeu était de mettre en harmonie la communication de l’Etat avec le rythme présidentiel, d’être réactif. Il y a quasiment une réforme tous les mois, les Français ont beaucoup d’attentes. La crise a renforcé cette logique. Nous avons adapté nos procédures, choisi des agences qui travaillent vite, fait remonter au SIG environ 15 % des budgets de communication des ministères, pour parvenir à 22 millions d’euros, sans augmentation du budget global de communication de l’Etat.

Comment avez-vous présenté aux ministères cette réduction de leurs crédits?
Nous rendons stratégique la communication gouvernementale. L’ensemble des acteurs a compris qu’en période de crise, il faut des priorités. Nous avons communiqué sur les mesures de solidarité et nous allons le faire sur l’emploi. Nous accompagnerons, courant mai, la mise en place du revenu de solidarité active et nous avons demandé une campagne sur la croissance verte, car la crise a un impact sur ces thèmes.

Pouvez-vous nous parler des prochaines campagnes?
Nous allons innover, avec la mise en place d’une campagne de proximité, les fameux «mille projets» du plan de relance, conçue avec les préfets. Ils prendront en charge des panneaux sur les chantiers, et nous assurerons l’achat d’espace dans la presse régionale.
Juste avant les élections européennes, il y aura une campagne de mobilisation. Un spot télévisé sur les événements qui ont marqué l’Europe, avec un appel à voter, sera présenté avec Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, lors la Journée de l’Europe, le 9 mai.

Vous avez été surnommé «M. anti-couac». Pensez-vous les avoir évités?
On ne prête qu’aux riches. Je ne suis pas venu ici pour coordonner la parole des ministres, c’est du ressort de l’Elysée et de Matignon. Mais avec une stratégie de communication gouvernementale, on peut limiter les dysfonctionnements, affirmer une cohérence.

Vous n’avez pas envie d’encadrer la parole de certains membres de la majorité, comme Frédéric Lefebvre?
A chacun son métier. Je suis tenu, par une exigence de service public, de ne pas mélanger communication publique et politique. Tant que j’exercerai ma fonction, je ne serai pas tenté par ce mélange des genres.


Malgré les polémiques récentes, est-ce que vous allez continuer à communiquer dans Libération?
Nous ne choisissons pas nos supports en fonction de leur couleur politique. Le service public doit veiller au pluralisme.

Des développements sur Internet sont-ils prévus?

Courant mai, il y aura une nouvelle version du portail du gouvernement et du site du Premier ministre: plus participatif, avec davantage de fonctionnalités, de personnalisation. Ensuite, nous voulons mettre à niveau les sites gouvernementaux par rapport aux attentes en matière d’images: films d’animation sur une mesure, témoignages de Français, rétrospectives. Nous avons choisi l’agence Hémisphère droit pour nous accompagner.
Enfin, nous allons lancer France.fr, portail animé, opérationnel à la fin de l’année pour offrir aux Français, aux expatriés, un site unique qui les dirigera vers l’ensemble des sites publics ou parapublics.

Nicolas Sarkozy devrait faire des annonces vendredi, notamment sur un service civique volontaire rémunéré. Vous êtes prêt à dégainer?
Oui, grâce à un mode de communication que nous avons pu tester lors de la campagne sur la solidarité: une approche sobre, centrée sur une mesure qui vient d’être prise, qui renvoie sur un site Internet. Si le président annonce des mesures, nous pourrons réagir en l’espace de huit jours.