Un père et son fils tués par balles près de l'aéroport de Bastia

CORSE Les deux hommes sont tombés dans un guet-apens...

Mathieu Grégoire

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Vendredi, peu avant 15 heures. Alexandre Rogliano, bien connu des services de police, va chercher son père André à l'aéroport de Bastia. Sur la route du retour, ils sont suivis par un 4x4. Sur la commune de Lucciana (Haute-Corse), le véhicule tout-terrain leur coupe la route, la voiture des Rogliano va se planter dans un lampadaire. Au moins deux tireurs sortent du 4x4 et mitraillent le père et son fils, avant de repartir. Une dizaine de douilles jonchent le sol après le meurtre, le 4x4 est retrouvé en train de brûler dans un champ, quelques kilomètres plus loin.

En rentrant vers Bastia, «ils étaient suivis par un autre véhicule qui les a coincés et ils ont été victimes de plusieurs tirs d'arme à feu», a expliqué laconiquement le procureur Jean-Jacques Fagni. «Visiblement, c'est un guet-apens. On peut donc penser que ça participe à l'ensemble des règlements de compte qui sont relevés en ce moment en Corse mais il est encore trop tôt pour l'affirmer». Une source proche de l'enquête confie à 20minutes.fr: «Au beau milieu de l'après-midi, sur une route fréquentée, et au vu du mode opératoire, c'est du travail de professionnels.»

Deux assassinats déjà dans la famille

Alexandre Rogliano, le fils, a été impliqué dans plusieurs affaires de droit commun quand il était jeune. Surtout, deux de ses frères avaient déjà été assassinés par le passé. Plus troublant encore, Rogliano a été mis en examen en juin 2005 à Paris dans l'enquête sur l'assassinat en 2001 du nationaliste Jean-Pierre Martelli. Le juge antiterroriste Gilbert Thiel l'avaient poursuivi, avec trois autres personnes, pour «assassinat et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». L'assassinat de Martelli, abattu par plusieurs décharges de fusils de chasse le 13 décembre 2001 à l'Ile-Rousse, ponctuait une série de six assassinats de nationalistes survenus à l'automne et l'hiver 2001, une série entamée par le meurtre François Santoni le 17 août 2001. Le procureur de la République de Bastia refuse pour l'instant de commenter cette piste nationaliste.

«Alexandre Rogliano avait trempé dans beaucoup de choses, ce qui multiplie les pistes, temporise un spécialiste des affaires criminelles en Corse. On ne peut pas s'avancer, surtout en cette période assez trouble. Certains peuvent en profiter pour solder des comptes qui n'ont rien à voir avec le reste». Le reste, c'est le milieu ajaccien, anciennement dominé par feu Jean-Jé Colonna, tout comme le milieu bastiais de La Brise de Mer, qui sont en pleine (et sanglante) recomposition.

Avec les Rogliano, la Corse vient de connaître un deuxième double-meutre, ce qui est très rare sur l'île, en une semaine. Le 10 avril, Nicolas Salini et Jean-Noël Dettori, 25 ans, avaient été tués par balles dans la banlieue d'Ajaccio par un commando encagoulé et armé alors qu'ils venaient de monter dans une voiture.Salini et Dettori étaient aussi bien connus des autorités, ils étaient armés au moment de l'assaut. On ne sait pas si c'était le cas des Rogliano.

L'enquête a été confiée à la police judiciaire de Bastia.