Polémique autour des coupures de gaz et d'électricité

CONFLIT SOCIAL Fillon parle de «sabotages», les syndicats défendent les actions des grévistes des réseaux de distribution...

Avec agence

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L'électricité devrait être rétablie d'ici une semaine dans plus de 90% des foyers, à l'exception des habitants des Landes, le département le plus touché par les intempéries de ce week-end, a annoncé lundi sur RTL le PDG du groupe EDF Pierre Gadonneix.
L'électricité devrait être rétablie d'ici une semaine dans plus de 90% des foyers, à l'exception des habitants des Landes, le département le plus touché par les intempéries de ce week-end, a annoncé lundi sur RTL le PDG du groupe EDF Pierre Gadonneix. — Eric Feferberg AFP

Après la séquestration, un nouveau moyen d’action fait débat. Depuis trois semaines, les salariés d'ErDF (filiale d'EDF) et de GrDF (filiale de GDF) sont mobilisés par des grèves et manifestations pour notamment des hausses de salaires. Une mobilisation qui passe également par des coupures d'alimentation.

Jeudi, 66.500 clients ont été ainsi privés d'électricité «à un moment ou un autre de la journée», selon ErDF, et 9.160 foyers de gaz, selon GrDF. Des coupures plus faibles ont eu lieu vendredi, mais elles devraient s'amplifier lors de deux nouvelles journées d'actions prévues mardi et jeudi.

François Fillon a qualifié vendredi ces coupures de «sabotage». Le ministre du Travail Brice Hortefeux a embrayé, soulignant qu'elles ne pouvaient pas «être assimilées à l'exercice du droit de grève» et étaient passibles de «sanctions».

Pour les directions d'ErDF et de GrDF, ces coupures sont «des actes isolés de malveillance commis par une minorité de personnes» et «pas du tout en ligne avec l'esprit de service public qui animent la plupart des salariés». Mais «c'est fait par des professionnels qui ont les clés», souligne-t-on à GrDF. Des plaintes ont été déposées, et des salariés ont été traduits en référé.

La coupure est «une arme quand même terrible»

Les syndicats ont répliqué, mais avec un peu de gêne. «La coupure a toujours été historiquement pour nous le moyen de se faire connaître. Mais là, on est sur autre chose», reconnaît Michel Dumazeau (CGT Ile-de-France). Si ministères, administrations et entreprises sont particulièrement visés, la population est également touchée, reconnaît-il.

Si elle «condamne les coupures sauvages», Marie-Hélène Gourdin (CFDT) soutient aussi «les coupures maîtrisées et ciblées, par exemple sur les administrations». Pour Marie-Claire Cailletaux (CGT), ces coupures sont des «gestes maîtrisés et assumés collectivement», mais les actions prennent aussi la forme «de remises de courant pour les plus démunis, de passage en tarif de nuit pour les usagers ou d'énergie gratuite pour les hôpitaux».

La coupure est «une arme quand même terrible, qu'on n'a pas utilisée depuis un certain temps, mais dont on se sert avec précaution», confie Max Royer (FO). «Bien sûr, on ne cautionne pas les coupures dans un hôpital», ajoute-t-il. L'hôpital de Douai a connu mardi une coupure de courant de 40 minutes, couplée à une défaillance des groupes électrogènes, qui «n'était pas due aux grévistes, mais à un problème technique», assure ainsi Marie-Claire Cailletaux.

La rémunération dirigeants de GDF-Suez a «été la goutte d'eau»

Tous soulignent le «ras-le-bol» des salariés, notamment des jeunes, très nombreux dans le conflit. «Ils gagnent 1.200 euros net par mois, alors que pendant la tempête Klaus ils étaient corvéables à merci», souligne Royer de Force Ouvrière.

Depuis la filialisation de GrDF et ErDF, «il y a eu un grand choc: de plus en plus de sous-traitance, des conditions de travail dégradées, le service public rendu de manière insatisfaisante, et des salaires nettement inférieurs» à ceux d'EDF et GDF-Suez, souligne la CFDT.

Et l'annonce des augmentations mirobolantes des dirigeants de GDF-Suez a «été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase», reconnaissent en chœur les syndicats pour justifier les fermetures de robinets.