Une fuite des cerveaux franco-française

UNIVERSITES Conséquences des grèves à répétition, certaines facs voient des étudiants les déserter...

Laure de Charette

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La police a évacué samedi matin sans incident quelque 80 étudiants qui occupaient encore le patio de la Faculté de Lettres à Strasbourg, a constaté un journaliste de l'AFP.
La police a évacué samedi matin sans incident quelque 80 étudiants qui occupaient encore le patio de la Faculté de Lettres à Strasbourg, a constaté un journaliste de l'AFP. — Patrick Hertzog AFP/Archives

Etonnant? Certains étudiants fuient les bancs des universités en proie aux blocages récurrents. Après la lutte anti-CPE de 2006, Rennes-II, à la pointe de la mobilisation, perd mille étudiants, soit 6% de ses effectifs. En 2007, la loi LRU entraîne des milliers de grévistes à Montpellier-III: résultat, 7% d'étudiants en moins à la rentrée suivante. En 2009, le décret sur le statut des enseignants-chercheurs suscite une nouvelle bronca: les présidents d'université tirent cette fois la sonnette d'alarme. «Toulouse-Le Mirail est menacée d'être définitivement désertée», déclarait récemment à «Libération» l'un de ses responsables. Quelque 24.000 étudiants y étaient inscrits en 2008, 21.000 cette année, et l'université pourrait passer sous la barre des 20.000 en septembre.

>>> «La validation des examens va devenir un problème sérieux»: l'interview du président du Mirail

La baisse démographique du nombre de bacheliers explique en partie cette hémorragie mais, en moyenne, l'université française n'a perdu que 0,7% de ses troupes entre les rentrées 2008 et 2009. Et certaines facs peu engagées, comme Marne-la-Vallée, voient même leurs bancs devenir trop étroits pour accueillir les nouvelles recrues. «Les mouvements affectent l'attractivité de la fac, souligne la Conférence des présidents d'université. Prenez les étrangers: quand ils vont rentrer et raconter leur semestre en pointillé, le bouche à oreille va jouer.» Et il y a fort à parier que les boursiers, qui n'ont guère les moyens de perdre des mois d'études, se détournent aussi des facs frondeuses. Quant aux investisseurs, le ministère de l'Enseignement supérieur craint que «l'image de certaines universités ne devienne négative à leurs yeux». De plus en plus sollicitées via les fondations, les entreprises vont-elles se détourner des amphis mouvementés? «Je le crains, même si, pour l'instant, aucune ne m'a tourné le dos», nous confiait jeudi Marc Gontard, président de Rennes-II.

BUDGETS Qui dit moins d’étudiants dit moins d’argent frais mis à disposition. En effet, les quatre-vingt-cinq universités françaises perçoivent encore environ 40% de leur budget global de l’Etat, en fonction du nombre d’étudiants qui se sont inscrits aux examens. «L’impact est tout de même en partie compensé par la hausse du budget dédié à chaque étudiant», précise le ministère. De fait, l’enveloppe est passée de 7.210 euros annuels par tête en 2006, à 8.530 euros cette année.