Examens: la course contre la montre a commencé dans les universités

EDUCATION Les vacances de printemps s'achèvent dans la zone A lundi, avec une question: les cours vont-ils vraiment reprendre normalement?...

Catherine Fournier et L.de C. (avec nos éditions locales)

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Le Mirail à Toulouse a été fermé dans sa totalité et "jusqu'à nouvel ordre" par son président Daniel Filâtre, après l'occupation des locaux administratifs lundi par une centaine d'étudiants qui ont causé de "graves incidents" (dégradations notamment), condamnés par la ministre Valérie Pécresse.
Le Mirail à Toulouse a été fermé dans sa totalité et "jusqu'à nouvel ordre" par son président Daniel Filâtre, après l'occupation des locaux administratifs lundi par une centaine d'étudiants qui ont causé de "graves incidents" (dégradations notamment), condamnés par la ministre Valérie Pécresse. — Eric Cabanis AFP/Archives

Le président de l'Unef, Jean-Baptiste Prévost, l'avait lui-même reconnu: «Les examens seront véritablement en danger si le mouvement dépasse les vacances de Pâques». L'échéance approche à grands pas, les cours étant censés reprendre lundi dans la zone A (1), qui compte notamment les académies de Rennes, Nantes et Toulouse, dans lesquelles le mouvement de contestation contre les réformes du gouvernement, mené à la fois par les étudiants et leurs enseignants, est particulièrement suivi.

La situation est très disparate selon les universités et les filières, tant au niveau du nombre de semaines de cours manquées que des solutions envisagées pour les rattraper.

Poursuivre la mobilisation sous d'autres formes

A Nantes, les étudiants ont levé le blocus et les cours ont repris avant les vacances dans plusieurs UFR. «En psychologie, les examens ont été repoussés à début juin. En sciences, les vacances ont même été sucrées pour rattraper le retard», témoigne une étudiante. Pour autant, des enseignants ont prévu de poursuivre la mobilisation mais sous d'autres formes.

Une attitude souhaitée par le président de Toulouse II-Le Mirail: «J'ai toujours dit que j'étais prêt à discuter avec les universitaires pour trouver une manière de concilier mouvement de contestation et reprise des activités pédagogiques», confie-t-il à «20 Minutes». Daniel Filâtre se dit «extrêmement inquiet de la situation et lance un appel solennel à la reprise des cours», la fac étant toujours bloquée. (>> pour lire son interview complète, cliquez ici)

Système D

Examens décalés au mois de mai ou juin, rattrapage pendant les vacances et les week-ends, cours «clandestins» dans des salles trop petites ou mis en ligne sur Internet... Dans la plupart des universités, c'est le système D pour valider à tout prix le deuxième semestre. D'autant qu'«on estime généralement, même si la loi ne fixe rien, qu'il faut au moins avoir pu suivre sept semaines de cours sur les treize prévues pour valider le semestre», expliquait à «20 Minutes» Valérie Robert, maître de conférences à Paris-III et membre de Sauvons l'université.

A Rennes-II, un des bastions de la contestation depuis le mois de février, le président Marc Gontard indique dans «Le Figaro» de mercredi, que les cours ont repris depuis quelques jours, «même si un groupe d'une cinquantaine de personnes continue à perturber le fonctionnement de l'université». Comme à Nantes, des rattrapages ont commencé pendant les vacances et l'année universitaire sera prolongée de quatre semaines, avec des cours assurés le jeudi et le samedi (habituellement sans cours) et mis en ligne sur Internet.

Un diplôme au rabais?

Le report des examens en septembre, tout comme le redoublement, est pour l'instant rejeté par de nombreux présidents d'université. Ils refusent encore plus une attribution automatique des diplômes, sur la base des notes du premier semestre ou d’une moyenne attribuée à tous les élèves. Une ligne pourtant envisagée dans une vingtaine d'universités, dont Bordeaux. Le recteur de cette académie, William Marois, s’y oppose catégoriquement: «Dans un Etat de droit, il y a des règles à respecter. Notamment celle du caractère national des diplômes, pour lequel les étudiants militent par ailleurs.»

Reste qu'aux yeux de beaucoup, le diplôme sera de toute façon obtenu au rabais. «Pour les jeunes, l'année est bientôt finie et ils ont l'impression que leurs diplômes ne vaudront rien. C'est très dur psychologiquement», affirme à 20minutes.fr Guilaine Grimbourg, la mère d'une étudiante de Rennes-II, qui a créé une association avec d'autres parents pour la reprise des cours.

Le bras de fer avec le gouvernement continue

Fichu pour fichu, certains souhaitent poursuivre la mobilisation. A Bordeaux-III, Matthieu, étudiant en anglais, a fait une croix sur les examens. «Après dix semaines de grève, nous sommes arrivés à un point de non-retour, il faut continuer les actions», estime-t-il. Sans pour autant appeler au blocage des facs, l'Unef (premier syndicat étudiant) et le Snesup (premier syndicat d'enseignants-chercheurs) estiment que le gouvernement est responsable de la situation, en ayant «entretenu une situation délibérément confuse». Selon eux, la volonté de poursuivre la mobilisation est toujours très forte, du côté des profs comme des étudiants. «Le mérite de Nicolas Sarkozy est d'avoir réussi à faire exister un front universitaire», commente David Berrué, étudiant à Tours et porte-parole de la Coordination nationale universitaire.

Au ministère de l'Enseignement supérieur, on relativise. «La tendance est vraiment à la reprise et les blocages sérieux qui subsistent dans une dizaine d'universités (sur 183) sont le fait de noyaux très réduits.» Mais aucun nouveau rendez-vous n’est prévu entre le ministère et la communauté universitaire pour discuter des décrets contestés (statut des enseignants-chercheurs et réforme de la formation des enseignants) et des revendications des étudiants (précarité et conditions de vie). «On saura d'ici dix à quinze jours si les examens sont réellement compromis», indique ministère.

(1) Zone A: Caen, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Nantes, Rennes, Toulouse
Zone C: Bordeaux, Créteil, Paris, Versailles (fin des vacances le lundi 27)
Zone B: Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Dijon, Lille, Limoges, Nice, Orléans-Tours, Poitiers, Reims, Rouen, Strasbourg (fin des vacances le 4 mai)