La Cimade expulsée des centres

Bastien Bonnefous

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Le bras de fer ne fait que commencer. La Cimade, seule association d'aide aux migrants habilitée à intervenir dans les centres de rétention administrative (CRA), conteste la décision du ministère de l'Immigration de répartir cette mission entre six associations, dont elle-même. Le 10 avril, Eric Besson, en application d'un décret de 2008 signé par son prédécesseur, Brice Hortefeux, a présenté les résultats de l'appel d'offres lancé pour gérer les vingt-huit CRA nationaux. Les associations ont été retenues selon « l'offre économiquement la plus avantageuse », privant ainsi la Cimade de son monopole.

Alors que le Conseil d'Etat doit se prononcer prochainement sur cette réforme, l'association a annoncé, hier, qu'elle déposait un « référé précontractuel » contre l'appel d'offres. Pour elle, cette répartition signe « le démantèlement de la défense des étrangers ». « Le gouvernement a choisi de mettre en concurrence des associations chargées de la défense des droits de l'homme », estime Damien Nantes, de la Cimade. Conséquences : des « missions éclatées », « une absence de politique coordonnée » et, « au final, le choix du prestataire qui sera le moins critique et défendra le moins les droits des étrangers ». « Le but est de faire en sorte que les centres ne soient plus des lieux sous contrôle pour pouvoir encore plus expulser », dénonce Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade. La semaine dernière, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, s'était déjà ému du « besoin d'une même expertise sur le droit des étrangers », espérant que ces derniers « ne paient pas les frais de nos petites cuisines ». Ça semble mal parti. ■