Maltraitance d'un couple sur ses 8 enfants: «Le petit trouvé dans la rue, on croyait qu'il était en état d'hypothermie tant il semblait mal en point»

FAIT DIVERS Selon le procureur de Perpignan, le père de famille est un «illuminé»...

M.Gr. et J.M. (avec agence)

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 Des équipes de télévision filment le 15 avril 2009 à Banyuls-sur-Mer l'immeuble où vivait le couple d'une cinquantaine d'années inculpé et écroué la veille pour maltraitance sur huit de leurs enfants dont deux adolescentes.
Des équipes de télévision filment le 15 avril 2009 à Banyuls-sur-Mer l'immeuble où vivait le couple d'une cinquantaine d'années inculpé et écroué la veille pour maltraitance sur huit de leurs enfants dont deux adolescentes. — AFP PHOTO / RAYMOND ROIG

«L'adolescent, grelottant, des traces sanguinolentes sur le visage, pieds nus, avec des engelures, d'une extrême maigreur, a expliqué qu'il venait de subir une correction parce qu'il avait volé une poignée de sucre en poudre». C'est la terrible description d'un garçon de 13 ans, mesurant 1,65 m et ne pesant que 32 kg, donnée ce mercredi par le procureur de Perpignan Jean-Pierre Dréno. Qui a précisé que sa mère l'avait frappé à l'aide d'un bâton et du pot de verre contenant le sucre. L'ultime épisode d'un calvaire quotidien.

Samedi, cet enfant martyr, avec le «crâne ouvert» et des traces de coups sur le visage et sur les bras, a été signalé fouillant dans les poubelles à la recherche de nourriture. Informés, les gendarmes de la brigade de Port-Vendres-Banyuls ont immédiatement perquisitionné le domicile d'un couple vivant à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Ils ont découvert un cas de maltraitance «unique», explique à 20minutes.fr le lieutenant Alcovéré. «Le petit qui a été trouvé dans la rue, on l'a conduit dans un bureau, on l'a choyé, on l'a réchauffé. On croyait qu'il était en état d'hypothermie tant il semblait mal en point. On lui a donné des chaussures et des vêtements chauds.»

Mais derrière cet ado blessé, ce sont sept autres enfants maigres comme des clous qu'ont découvert les gendarmes. «On les a nourris avant de les emmener au foyer, ils ont été au fast food», poursuit le lieutenant Alcovéré. Un des ses collègues, qui souhaite garder l'anonymat, reste marqué par «leurs yeux grands ouverts. Pour eux, ce fast food était un lieu surréaliste, incroyable».

Mis en examen et écroué

L'enfer que ces 8 enfants viennent de quitter semble lui aussi surréaliste. Un mois après la révélation du calvaire du petit Dylan, voilà une nouvelle et sordide affaire. Le père, d'origine marocaine, et son épouse d'origine slave, convertie à l'islam, âgés respectivement de 49 ans et 50 ans, ont été mis en examen lundi pour privation d'aliments et de soins au point de compromettre la santé des enfants mineurs, pour manquement à leurs obligations légales et violences habituelles sur mineurs. Ils ont été écroués à Perpignan ce même jour.

Le procureur a qualifié le père de famille, un fervent musulman, d'«illuminé». «Cela va bien au delà de la pratique religieuse rigoureuse», a ajouté le magistrat, rejetant tout amalgame entre ces sévices et la pratique de la religion musulmane. «Ce n'est pas le cas du tout. Là, on a un illuminé, avec un fonctionnement qui s'apparente à celui d'une secte». Le Dr Isabelle Lemoine, directrice Enfance–Famille au Conseil général des Pyrénées orientales, abonde: «Ce sont des pratiques sectaires. Ils n’ont pas été privés d’alimentation par manque de moyens, mais par idéologie».

Marchand ambulant sur les marchés, le père a expliqué aux enquêteurs qu'il fallait rééduquer son fils car «il était un peu habité par le mensonge». Pour lui, le fait que l'ado ait maigri «était un bon signe», la marque d'une éducation réussie: «Cela voulait dire qu'effectivement, on avait extirpé le mensonge qui était en lui». Des châtiments corporels étaient infligés «lorsque les règles dictées par le chef de famille n'étaient pas respectées».

Trois enfants immédiatement hospitalisés

Deux des fillettes du couple, âgées de 15 ans et de 13 ans et demi, ne pèsent chacune que 22 kg. «Le père a expliqué l'absence de provisions, de denrées dans le frigo et sur les étagères de la cuisine en indiquant qu'il avait découvert depuis quelque temps les vertus des aliments biologiques, qui participaient à la purification de la famille et de ses enfants», a ajouté le procureur. «Les parents ont expliqué qu'ils sont des pratiquants de la religion musulmane et qu'ils pratiquent scrupuleusement leur religion et considèrent qu'un régime alimentaire très strict s'impose».

Cette famille avait déjà fait parler d'elle en 2003 quand les deux aînées ont cessé d'aller au collège, la puberté atteinte, parce que l'établissement refusait qu'elles s'y rendent voilées. Depuis, elles suivent des cours par correspondance, sous le contrôle de la mère, via le Cned. La famille n'avait presque aucun contact avec le voisinage, vivait en autarcie. Les trois plus jeunes, scolarisés en primaire, étaient régulièrement absents et en étaient réduits à voler le goûter de leurs petits camarades pour s'alimenter un peu mieux.

Premier signalement en 2004

Pourquoi a-t-il fallu attendre l'intervention des gendarmes pour mettre fin aux agissements du couple? «En 2004, après un signalement, la situation n’avait pas pu être évaluée car la mère refusait de laisser entrer les services sociaux, nous explique le Docteur Lemoine. Le procureur a ensuite été saisi et une enquête sociale ouverte, mais le juge pour enfants a rendu un non-lieu. La mère a dressé un écran de fumée devant ses enfants».

Les parents risquent jusqu'à sept ans de prison.

Que deviennent les petites victimes? Trois des huit enfants vivant au domicile familial, les plus amaigris, ont été hospitalisés à Perpignan. Une expertise médico-psychologique a été demandée pour l'ensemble des enfants, âgés de 7 à 17 ans. Ils ont été placés dans un foyer. «Pour accueillir les enfants un samedi de Pâques, dans un contexte tendu au niveau des places d’hébergement, il a fallu ouvrir une unité spécialement pour eux, avec du personnel détaché d’une autre structure, explique Isabelle Lemoine. Ainsi, ils n’ont pas été séparés». Un neuvième enfant du couple, majeur, ne vivait plus au domicile des parents.