Contrôleur général des prisons: «Nous sommes dans une situation mauvaise, grave»

JUSTICE Il a présenté mercredi son premier rapport annuel dans lequel il dresse un portrait sans concession de «la France captive»...

Propos recueillis par Bastien Bonnefous

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Un détenu de 45 ans, en attente de son procès pour le meurtre de sa femme, s'est pendu dimanche dans sa cellule de la maison d'arrêt d'Arras, a-t-on appris mardi de source syndicale pénitentiaire.
Un détenu de 45 ans, en attente de son procès pour le meurtre de sa femme, s'est pendu dimanche dans sa cellule de la maison d'arrêt d'Arras, a-t-on appris mardi de source syndicale pénitentiaire. — Denis Charlet AFP

«La sécurité, cet ogre jamais rassasié, mange trop les droits de la personne.» Dans la bouche d'un militant de la cause anticarcérale, la métaphore n'aurait pas surpris. De la part du très sérieux et un brin austère «Contrôleur général des lieux de privation de liberté», elle a le mérite de trancher. Jean-Marie Delarue, le «monsieur Prison» de l'administration française, a présenté mercredi le premier rapport annuel de ses services créés en juin 2008 pour contrôler les 5 800 lieux d'enfermement nationaux (prisons, centres de rétention administrative, locaux de garde à vue, dépôts).

Un déséquilibre entre sécurité et droits

Après un semestre d'inspections l'an dernier et 52 visites (16 établissements pénitentiaires, 14 locaux de garde à vue, 11 centres de rétention…), le constat du Contrôleur est sans appel: «nous sommes dans une situation mauvaise, grave», a expliqué mercredi Jean-Marie Delarue, déplorant «un déséquilibre entre les besoins de sécurité et les droits de la personne détenue.» C'est de ce déséquilibre que «naissent des tensions, des souffrances, et de la violence».

Sur plus de 250 pages, le Contrôleur dresse «le portrait de la France captive». Au final, le trait est implacable, au point d'être salué par l'Observatoire international des prisons. Principal grief subi par cette «France captive» selon Jean-Marie Delarue: «le sentiment d'arbitraire» ressenti face aux différences de traitement ou de règle d'une prison à une autre, d'un commissariat à un autre, d'un surveillant ou d'un policier à un autre.

«Pas digne de la France de 2009»


Cet arbitraire, ce sont, par exemple, en garde à vue, «l'absence de budget pour acheter des médicaments même en cas d'urgence», les locaux «exigus, sans toilettes, ni eau chaude», ou bien la règle, pas toujours appliquée, de retirer lunettes ou soutien-gorge pour éviter tout risque de coupure ou de strangulation. «Ce n'est pas digne de la France de 2009», a commenté mercredi le Contrôleur, demandant que de telles pratiques cessent.

L'arbitraire, ce sont aussi les centres de rétention administrative où «dès votre arrivée, on vous retire tout instrument pour écrire», alors que «quand on arrive en prison, on vous remet de quoi écrire». L'arbitraire, ce sont les prisons, «lieux où la règle est omniprésente et la puissance publique sur votre dos 24 heures sur 24», et où pourtant «tout peut arriver». Ce sont les escortes qui «collent aux basques (des détenus) jusque pendant l'examen médical».

Suicides, surpopulation, pauvreté

Au rayon carcéral, Jean-Marie Delarue pointe bien sûr les suicides. Cent quinze l'an dernier. Mais il n'oublie pas non plus les tentatives «dix fois plus nombreuses». Il s'attarde enfin sur la surpopulation, 62 700 détenus pour 52 535 places au 1er mars, qui «n'est pas seulement les matelas par terre» dans les cellules, mais a aussi des effets sur la «pauvreté en prison». Plus de détenus, donc moins d'accès aux ateliers, aux parloirs, aux salles de sport, aux activités.

«Nous attendons des réponses du gouvernement», a-t-il conclu, précisant être «têtu». Il en aura besoin alors que l'examen du projet de loi pénitentiaire, prévu ce printemps, semble de nouveau repoussé.