Scapa: les cadres libérés, les indemnités doublées

SOCIAL Quatre cadres de l'entreprise britannique de fabrication d'adhésifs étaient retenus depuis mardi soir par des salariés «désespérés»...

A.P.-V. (avec AFP)

— 

Les salariés de Scapa ont plusieurs cadres du groupe dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril 2009.
Les salariés de Scapa ont plusieurs cadres du groupe dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril 2009. — Jean-Pierre Clatot/AFP

La série continue.  Mercredi matin la gendarmerie de Nantua confirmait la séquestration de cadres du groupe Scapa, sur le site Bellegarde-sur-Valserine, spécialisé dans les adhésifs pour automobiles. Le quotidien «Le Progrès» a révélé que les dirigeants retenus sont le directeur de Scapa Europe, le directeur de Scapa France, la directrice des ressources humaines et le directeur financier, soit trois britanniques et un français.

Une soixantaine de salariés, choqués par l'annonce en février dernier de la fermeture prochaine du site, a décidé de séquestrer mardi soir les dirigeants de l'entreprise pour protester contre le plan de sauvegarde de l'emploi en cours de négociations. Le désaccord portait, selon le Progrès, sur le montant des indemnités de licenciement supplémentaires qui peuvent ce négocier en plus du minimum fixé par la loi. «Nous arrivons au bout des procédures de négociations du plan social, et les salariés, désespérés, ont décidé de retenir ces cadres, a expliqué Fabrice Clappe, délégué FO de Scapa. C'est un retour de bâton pour la direction, qui avait décidé de contourner le comité central d'entreprise (CCE) pour négocier directement avec les salariés de cette usine, peu syndiqués», a précisé le syndicaliste.

«Le seul moyen de pression»

En début d'après-midi, les cadres ont été autorisés à se rendre à la mairie de Bellegarde-sur-Valserine pour participer à une réunion avec les salariés, en présence du maire et du sous-préfet local.  «Nous sommes parvenus à un compromis qui semble satisfaisant sur les indemnités de départ», a déclaré Jean-Jacques Van Slambrouck, secrétaire du comité d'entreprise (CE). Selon des salariés, la direction, qui proposait mardi soir 890.000 euros de primes de départ, a presque doublé sa proposition, à 1,7 million d'euros.

A l'issue de la réunion, les quatre cadres retenus depuis la veille se sont rendus à pied à l'usine pour présenter leurs propositions, avant de quitter les lieux librement. «On les a retenus mais ils ont bien mangé, ça a été sympathique, ils ne nous en veulent pas», a souligné Christophe Bougret, délégué CGT. «C'est le seul moyen de pression quand on a en face des gens qui ne veulent pas négocier. La stratégie a été payante, mais il faut savoir s'arrêter», a-t-il ajouté.

Les organisations patronales interviennent

«Nous savions que ce genre de choses était arrivé plusieurs fois récemment en France, mais nous n'envisagions pas que cela se termine ainsi», a déclaré mardi à l'AFP depuis Manchester Ian Bushell, directeur financier européen de Scapa. La direction du groupe a motivé la fermeture de l'usine par «la chute de 50% de ce marché en 2008».

Les trois principales organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) sont intervenues mercredi, prônant la négociation plutôt que la force pour résoudre les conflits sociaux, tout en protestant contre les violations de la loi. «La crise économique à laquelle nous sommes confrontés génère beaucoup de souffrances individuelles et collectives, pour des salariés, bien sûr, et aussi pour des chefs d’entreprise», ont-ils souligné.