Pénalisation de l'aide aux migrants: témoignages de bénévoles

IMMIGRATION Les associations d'aide aux immigrés manifestent ce mercredi contre la répression qu'ils subissent...

Vincent Vantighem, Frédéric Legrand et Guillaume Frouin

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Monique Pouille, 59 ans, bénévole à l'association Terre d'errance de Norrent-Fontes (Nord)

«Les policiers sont arrivés à 7h45. Quand j'ai ouvert la porte, ils m'ont poussée pour voir si je ne cachais pas des clandestins. Ils ont fouillé toutes les pièces de la maison. Même les cages à pigeons de mon mari. Ils ont pris les trois portables de migrants qui étaient en train de charger sur le meuble du vestibule et m'ont dit de m'habiller. J'ai enfilé un pull à capuche mais ils ont demandé de l'enlever. Selon eux, j'aurai pu me pendre avec le cordon en cellule. Et puis nous sommes partis à l'hôtel de police de Coquelles.

Là-bas, on m'a dit : "Maintenant, il va falloir coopérer, parce qu'on est au courant de tout!" Ils ont ressorti mon emploi du temps des dernières semaines: la cérémonie de colombophilie de mon mari, les coups de fil à mes enfants... En fait, j'avais été placée sur écoute depuis plusieurs mois. Ensuite, ils ont sorti des photos de migrants, m'ont demandé des noms. Je suis restée deux heures en cellule. On m'a relâchée le soir même. Depuis je n'ai eu aucune nouvelle. Je ne sais même pas si je vais être poursuivie. Les gens du village se demandaient ce que j'avais pu faire de mal.

Mais ça ne m'a pas refroidie. Je suis toujours bénévole. Je continue à aider les migrants. Depuis mon arrestation, Terre d'errance a doublé le nombre de ses militants. On avait un médecin. Maintenant on a un kiné et un dentiste en plus. On m'accuse "d'aide au séjour à personne en situation irrégulière". Moi, j'accuse les pouvoirs publics de "non-assistance à personne en danger". Le seul souci dans cette histoire, c'est que mes copines n'osent plus m'appeler maintenant...»


Kamel Fassatoui, 49 ans, responsable de la communauté Emmaüs Pointe-Rouge à Marseille

«Hamid, un des compagnons sans papiers de la communauté, s'était fait arrêter lors d'un contrôle, en février. La police m'a convoqué et tout de suite placé en garde à vue, pour aide au séjour irrégulier. On m'a mis en cellule, photographié, pris mes empreintes. Puis on m'a demandé comment s'organise Emmaüs, d'où viennent nos fonds, et s'il y avait d'autres sans-papiers dans la communauté. J'ai refusé de donner leurs noms.

La police m'a alors emmené au centre de Pointe-Rouge et a perquisitionné nos bureaux, en prenant tous les dossiers de compagnons dont les noms ont une consonance étrangère. Hamid a été expulsé très vite vers Oran. Je ne sais toujours pas si je vais être mis en examen, c'est une épée de Damoclès au-dessus de ma tête.»


Olivier Le Bihan, 36 ans, travailleur social à Nantes et militant du GASProm, association d'aide aux immigrés

«J'ai hébergé une seule fois une famille de sans-papiers, pendant quinze jours. C'était un couple de Congolais et leurs deux enfants, en 2006. Aujourd'hui, si l'urgence l'imposait, je le referais, même si je connais les risques que j'encours. Reste que l'hébergement est une décision individuelle et rare. Le combat militant passe d'abord par une aide administrative aux sans-papiers et du conseil juridique.

Je serai présent ce mercredi devant le palais de justice de Nantes avec les autres « délinquants solidaires ». Face à la politique révoltante du gouvernement, nous sommes amenés à avoir une attitude cynique. C'est une manière de dire: plutôt que de nous interpeller en catimini, venez donc directement nous arrêter.»