Aide aux migrants: des bons samaritains coupables pour la loi

IMMIGRATION Plusieurs associations manifestent contre la pénalisation de l'aide aux immigrés clandestins...

Bastien Bonnefous

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Des migrants dans la «jungle» de Calais le 30 mars 2009
Des migrants dans la «jungle» de Calais le 30 mars 2009 — Reuters / Pascal Rossignol

«Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d'un étranger en France, sera puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros.» L'article L622-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers, popularisé récemment par le film Welcome, sera au coeur aujourd'hui de plusieurs manifestations dans quelque quatre-vingts villes en France.

Les manifestants, qui revendiquent avoir «un jour aidé un sans-papiers en difficulté», comptent « se constituer prisonniers pour délit de solidarité». Parmi eux des élus, comme la députée PS de Haute-Garonne et pharmacienne Catherine Lemorton, «coupable» d'avoir «soigné» des clandestins.

Tous dénoncent la multiplication des «intimidations policières» sur des bénévoles ou des quidams venant en aide à des migrants. «A Marseille, un compagnon d'Emmaüs a été gardé à vue en février (lire ci-dessous), tout comme deux bénévoles de France-Terre d'asile ou un autre des Restos du coeur. Il n'y a pas de chiffres précis, mais l'inquiétude grandit», explique Patrick Dugois, délégué général d'Emmaüs France, alors que le PS présente aujourd'hui une proposition de loi visant à «soustraire» les associations du champ de l'article L622-1.

Besson dénonce une «campagne de désinformation»

Depuis 2003, huit personnes ont été interpellées dans le Pas-de-Calais - zone symbole de l'immigration clandestine, avec 7 000 sans-papiers arrêtés depuis janvier - au titre du L622-1. «A chaque fois, ce sont des gens qui avaient franchi la ligne jaune», assure Pierre de Bousquet de Florian, préfet du département, qui décrit «un contexte de plus en plus tendu» où «la police travaille avec discernement». Le nouveau ministre de l'Immigration, Eric Besson, condamne une «campagne de désinformation», et se défend de cibler les bénévoles associatifs, pour ne s'attaquer qu'à ceux qui vont «plus loin, en participant au travail des passeurs».

Une position que récuse Jean Hassner, du Secours catholique, qui dénonce  un flou manifeste confondant le complice réel d'une filière et le quidam qui agit par bon coeur». Le gouvernement a inscrit dans la loi de finances 2009, l'objectif d'interpeller «5 000 aidants en 2009 et 5 500 en 2011». «A ce jour, plus de 8 000 personnes ont signé notre pétition pour être solidairement poursuivies. Le gouvernement n'aura aucun mal à remplir ses quotas», répond, provocateur, Patrick Dugois.

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