Un prisonnier «au nom de la raison d'Etat»

ULTRA GAUCHE La pression monte autour de «l'affaire de Tarnac» alors que Julien Coupat est toujours en détention provisoire...

Bastien Bonnefous

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La pression monte autour de «l'affaire de Tarnac». Les avocats de plusieurs mis en examen dans cette affaire de sabotages présumés de lignes de TGV, ont dénoncé jeudi les conditions d'enquête et d'instruction de ce dossier qualifié de «fantasme». Mi-novembre, neuf personnes dites du «groupe de Tarnac», du nom d'un village corrézien où beaucoup vivaient, ont été mises en examen pour des dégradations de caténaires. Toutes libérées au fil des semaines, il ne reste aujourd'hui en détention provisoire que Julien Coupat, chef présumé du groupe. Trois demandes de remise en liberté lui ont été refusées par la justice depuis quatre mois.

Jeudi, lors d'une conférence de presse, son avocate Irène Terrel a affirmé que «Julien Coupat reste détenu au nom de la raison d'Etat», comme le «bouc émissaire d'un fiasco politico-judiciaire». L'avocate a de nouveau appelé à sa «libération immédiate», estimant qu'il n'y a «strictement rien» à lui reprocher. Après «huit mois de surveillance intense, aucune preuve matérielle» n'a pu être retenue contre Coupat, affirme Me Terrel.

«Yildune avait envie de faire un câlin»

Seuls éléments à charge contre le trentenaire : sa présence fin octobre 2008 près d'une ligne de TGV qui allait subir des dégradations, sa participation à des manifestations antigouvernementales, des écrits retrouvés chez lui et jugés subversifs par la police - tel l'ouvrage «L'insurrection qui vient» écrit par l'anonyme «Comité invisible» - et une mise en cause par un témoin sous X. «On criminalise des écrits pour en faire des preuves», a estimé hier Me William Bourdon, avocat d'Yldune Lévy, compagne de Julien Coupat et également mise en examen.

Le très médiatique Me Bourdon a reconnu «la proximité géographique» et une «coïncidence temporelle» du couple Lévy/Coupat avec le sabotage de Dhuisy en Seine et Marne, dans la nuit du 7 au 8 novembre dernier. Mais rien de probant, a martelé l'avocat; précisant: «Yildune avait envie de faire un câlin à son ami. C’est son côté romantique".

Après des élus de gauche mercredi, les avocats ont demandé hier la «déqualification» de terrorisme dans cette affaire. «Le chef d'accusation d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste a bon dos et permet de ratisser large», selon Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme.