La Direction générale de la santé veut limiter les dégâts de la médecine esthétique

RAPPORT Elle conseille d'encadrer les pratiques et de réglementer les formations requises pour exercer...

Julien Ménielle

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Injection de l'antirides Botox    ou toxine botulique.
Injection de l'antirides Botox ou toxine botulique. — F. DURAND / SIPA

Infections, nécroses, réactions sévères après une injection... Le prix à payer pour l'éternelle jeunesse peut être lourd. C'est pourquoi, alerté il y a plus de deux ans par des chirurgiens constatant les dégâts causés par la «médecine esthétique», le ministère de la Santé a décidé d'agir. Dans un rapport, révélé ce mardi par le «Figaro», la Direction générale de la santé (DGS) préconise de réglementer strictement une pratique médicale en pleine essor.

«Le professeur Laurent Lantieri a tiré la sonnette d'alarme», confie à 20minutes.fr le Dr Jean-Luc Roffé, président du syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique. Dans son service, cet éminent professeur a en effet recensé en six mois plusieurs dizaines de complications graves à la suite des actes esthétiques pratiqués par des médecins généralistes.

Les généralistes sont partants

En cause, les injections de Botox, de produits de comblement ou pour faire fondre la graisse, ainsi que la mésothérapie, utilisée pour modifier l'aspect de la peau. «Sans doute par appât du gain, de nombreux médecins se sont mis à les pratiquer dans des cabinets en ville», note Jean-Luc Roffé. Et sans formation adéquate, lacune à laquelle le rapport de la DGS conseille de remédier.

«Il faut mettre en place des vraies formations et ne pas se contenter de celles plus ou moins sérieuses des laboratoires», estime le docteur Vladimir Mitz, chirurgien parisien, dans le «Figaro». Une proposition qui satisfait pleinement Martial Olivier-Koehret, président du Syndicat des médecins généralistes. Contacté par 20minutes.fr, il se réjouit en effet «d'avancer sur le chemin de la qualité et de la sécurité».

Le pré carré des plasticiens et des dermatologues

Une bonne volonté que vient doucher Jean-Luc Roffé. Pour lui, qui a participé à la rédaction du rapport de la DGS, hors de question de dispenser une formation a minima. «Les seuls habilités à pratiquer ces gestes sont les chirurgiens plasticiens, et les dermatologues, qui ont bénéficié d'une formation universitaire.»

Selon lui, «si l'esprit du rapport est respecté», on s'achemine vers une réglementation des produits utilisés et des personnes qualifiées. Exit donc les esthéticiennes, «titulaires d'un bac-3 (sic), et qui utilisent des lasers dangereux» et les généralistes «sauf s'ils sont disposés à faire les 8 années d'études qui les séparent des spécialistes», assène le plasticien.