EDF aurait fait espionner Greenpeace: une enquête est ouverte

JUSTICE L'ancien directeur des campagnes de Greenpeace va se constituer partie civile, tout comme l'association. Au moins un responsable de la compagnie a été mis en examen, EDF confirme l'ouverture d'une instruction judiciaire...

Mathieu Grégoire

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"La loi n'est toujours pas inscrite au calendrier parlementaire. On est dans le flou le plus complet, ça devient illisible", a estimé Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France.
"La loi n'est toujours pas inscrite au calendrier parlementaire. On est dans le flou le plus complet, ça devient illisible", a estimé Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France. — Patrick Kovarik AFP/archives
Le groupe EDF a-t-il été impliqué dans des barbouzeries comme Elf autrefois en Afrique? Yannick Jadot, ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, a expliqué ce mardi matin qu'une enquête avait été ouverte sur de présumées «pratiques d'espionnage» de son «système informatique» où la compagnie présidée par Pierre Gadonneix serait «clairement impliquée». Une déclaration qui confirme une information révélée plus tôt par le site «Médiapart». Jadot sera reçu par les enquêteurs jeudi et il aura connaissance du dossier dont les grandes lignes s'étalent dans Mediapart.

Le numéro 2 de la sécurité de l'entreprise publique, l'ancien commandant de police Pierre François, a été mis en examen jeudi 26 mars par un juge de Nanterre. Embauché par EDF en 1994 après avoir été notamment chef de groupe de la brigade de répression du banditisme (BRB), Pierre François, ingénieur en protection de site, est soupçonné d'avoir eu recours à une officine privée de renseignement, Kargus Consultants, pour surveiller les activités de Yannick Jadot, alors une des figures majeures du mouvement anti-nucléaire.

«Complicité d'intrusion frauduleuse»

Pierre François est poursuivi pour «complicité d'intrusion frauduleuse dans un système de traitement automatisé de données», un chef de mise en examen retenu également à l'encontre du patron de Kargus, Thierry Lohro (lui-même un ancien membre des services secrets français) et d'un informaticien, qui a reconnu les faits.

Ces poursuites sont le fruit de plusieurs années d'enquête de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, qui est progressivement remonté à Pierre François, puis à EDF, dont le siège a été perquisitionné il y a quelques semaines. Le responsable de la sécurité d'EDF, le supérieur de François, l'ancien contre-amiral Pascal Durieux, a lui été placé par le magistrat sous le statut de témoin assisté (entre le statut de témoin et celui de mis en examen).

Joint par 20minutes.fr, EDF confirme l'ouverture d'une instruction judiciaire, a décidé de «se porter partie civile pour obtenir réparation du préjudice causé par Kargus», en qualité de victime. La compagnie explique qu'un «contrat de prestation avec Kargus avait été établi, concernant la sécurité des centrales de production», elle se dit prête à «donner les informations nécessaires au bon déroulement de l'enquête». Pierre François a été convoqué devant la direction de l'entreprise pour qu'il s'explique. A ce stade, aucune sanction disciplinaire n'a été prise contre lui.

«La culture du secret»

«EDF semble clairement impliqué dans des pratiques de barbouzes et du piratage. Il y a eu de l'espionnage sur ma personne, sur mon système informatique», a confié Jadot ce mardi matin, en marge d'une réunion publique de la liste d'Europe Ecologie, dont il est la tête de liste pour la région grand Ouest. «Je vais me constituer partie civile. Si l'implication d'EDF est avérée, on est là devant un scandale énorme. Cela montrerait bien que dès qu'on veut informer sur la réalité du nucléaire, on se heurte à la culture du monopole, à la culture du secret défense, à la culture du secret.»

Jadot a tonné: «Le patron des chemins de fer allemand a démissionné après avoir été convaincu d'espionnage sur ces salariés. S'ils sont impliqués, je souhaite que les dirigeants d'EDF en tirent toutes les conséquences. Ce n'est pas possible qu'une officine de barbouze flique les citoyens qui tentent de mettre un peu de démocratie dans le nucléaire.»