Michèle Alliot-Marie: «Une démarche de meilleure connaissance réciproque»

INTERVIEW La ministre de l'Intérieur espère qu'après les rencontres entre policiers, gendarmes et population, les gens se sentiront plus en confiance avec les forces de l'ordre...

Propos recueillis par David Carzon.

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La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a apporté dimanche soir aux Mureaux (Yvelines), son soutien aux dix policiers légèrement blessés par des tirs de plombs la veille, lors d'un guet-apens tendu dans le quartier de la Vigne-Blanche.
La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a apporté dimanche soir aux Mureaux (Yvelines), son soutien aux dix policiers légèrement blessés par des tirs de plombs la veille, lors d'un guet-apens tendu dans le quartier de la Vigne-Blanche. — Axel Schmidt AFP/DDP

Ces rencontres «Vos libertés, votre sécurité» sont-elles la suite des conférences de cohésion organisées dans les banlieues et les territoires difficiles?

Oui, tout cela participe de la même démarche de meilleure connaissance réciproque. Déjà, l'an dernier, les Journées de la Sécurité Intérieure avaient permis à plus de 500.000 personnes de rencontrer ceux qui ont mission de les protéger, de découvrir leurs matériels, leurs technologies, leurs méthodes.

Les conférences de cohésion en Seine-Saint-Denis ont conduit tous les acteurs de la chaîne de la sécurité à échanger sur leurs problèmes, à trouver des solutions. Cela a débouché sur des innovations, par exemple la création des unités territoriales de quartiers et des compagnies de sécurisation.

Nous les développons depuis dans d'autres départements. A la demande du Président de la République, le plan de déploiement initialement prévu sur trois ans sera même accéléré.

Qui sera convié aux réunions?

Tous ceux qui ont envie de s'exprimer ou d'apprendre y sont les bienvenus. Les rencontres auront lieu dans les cantons ou les arrondissements. Pour ceux qui ne pourraient pas aller à ces réunions, le site Internet permettra de s'exprimer. Les dates et lieux des forums y seront aussi annoncés.

Quels types de reproches reviennent le plus souvent à l'encontre des forces de l'ordre?

Sur le terrain, j'entends les gens dire parfois qu'ils ne voient pas assez les gendarmes ou qu'ils ne comprennent pas pourquoi les policiers contrôlent plusieurs fois la même personne dans une même journée. Certains se plaignent de la lenteur pour déposer une plainte, ou de la vitesse autorisée sur une route.

Je souhaite que les forces de l'ordre entendent ces discours et expliquent leurs méthodes de travail. On pourra aussi améliorer certaines pratiques.

Sur quoi cela peut-il déboucher concrètement?

Au mois de juin, des Assises me permettront de faire la synthèse de ces forums. Nous en tirerons les enseignements pour améliorer encore notre action. Les gens comptent sur les forces de l'ordre pour les protéger mais ils regardent aussi parfois leur action avec une certaine crainte.

J'espère qu'après ces forums, ils se sentiront plus en confiance avec les forces de l'ordre, qu'ils les considéreront vraiment comme ceux qui les protègent. Et je veux que les policiers et les gendarmes se rendent compte qu'il est de leur intérêt de mieux échanger régulièrement avec les citoyens.

Le fait de commencer à Toulouse, là où votre prédécesseur, Nicolas Sarkozy, avait signé l'arrêt de mort de la police de proximité en 2002, est un symbole?

Non. Les Unités territoriales de quartier (Uteq), ce n'est pas la police de proximité telle qu'elle avait été imaginée il y a quelques années, celle qui faisait de la prévention plus que de la sécurité. Les Uteq, elles, font un vrai travail de police, elles mènent des enquêtes, elles interpellent les délinquants, elles font du renseignement, elles contribuent à démanteler des trafics.

Vous parlez des craintes. Il y en a beaucoup autour des fichiers de police. Des parlementaires ont demandé un encadrement par la loi. Qu'en pensez-vous?

Notre façon de travailler, est beaucoup plus sérieuse et contrôlée que beaucoup d'autres. Je suis bien décidée à clarifier le fonctionnement des fichiers. Nous n'avons rien à cacher.

Que le législateur veuille obtenir la garantie que toutes les protections - que je souhaite pour ma part - seront mises en œuvre, ne fait que conforter l'action que je mène.