Les salariés de Continental: «Jusque-là on a été gentils, on ne va pas le rester longtemps»

REPORTAGE Une délégation a été reçue à l'Elysée ce mercredi, mais déclare n'avoir obtenu aucune garantie...

Maud Descamps (montage: Cyprien Iov)

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Les salariés de l'usine Continental manifestent à Paris le 25 mars 2009
Les salariés de l'usine Continental manifestent à Paris le 25 mars 2009 — 20minutes

«Ca va très mal, mais il y a encore un espoir». Le message de la CFTC, à la sortie de la réunion de la délégation de l'usine Continental de Clairoix à l'Elysée, se veut optimiste. Reçus par le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, les syndicats se sont pourtant dits «déçus» par l'entrevue. «Nous n'avons obtenus garantie», soupirent les représentants, avant de rejoindre leurs collègues et amis venus à Paris avec eux mais bloqués par les CRS.

Un son de cloche différent de celui d'autres syndicats de l'usine. «Ils veulent envoyer des moutons à l'abattoir, c'est des lions qu'ils vont avoir», s'emporte un des membres de la délégation, sur le trottoir face à l’Elysée. Les salariés de l'usine sont en colère, mais ne parlent pas d'une seule voix. «C'est leur point faible», explique Pierre, un documentariste qui les suit depuis le début du conflit. «Les syndicats ne sont pas tous d'accord entre eux. Ils sont divisés. Il leur manque une personne charismatique capable de parler pour tous.»

Le ton va changer

Place Saint Augustin, dans le 9eme arrondissement de Paris, c'est plus d'un milliers de salariés qui attend le minibus qui ramène la délégation. Il est 14 heures, depuis près de deux heures, ils attendent dans le froid. Les esprits s'échauffent, des pneus en feu dégagent une épaisse fumée noire. Le minibus arrive, les représentants syndicaux prennent le micro.

«Je n'ai rien de positif à vous dire malheureusement», commence Antonio Da Costa, délégué syndical CFTC, devant la foule compacte. Des banderoles s'agitent, des sifflets retentissent, des tambours grondent. C'est la colère des salariés désabusés qui s'exprime. Puis, c'est au tour de Xavier Mathieu de la CGT, de prendre la parole. «On a été trahis une fois, on ne le sera pas deux fois», prévient-il, soutenu par les cris des salariés: «Jusque-là on a été gentils, on ne va pas le rester longtemps.»



La dignité des salariés

Le conseiller social du président de la République, qui les a reçus, a indiqué pour sa part à la presse avoir assuré aux salariés que Nicolas Sarkozy était à leurs côtés «pour trouver les meilleures solutions possibles» et a souligné que «le comportement de Continental n'était pas digne». La dignité des salariés, elle, est bien là. «On ne va pas se laisser faire, on va faire du bruit. Mais on sait que pour nous c'est terminé. On le fait pour tous les autres», lance l'un des salariés avant de rejoindre ses collègues dans les bus qui vont les ramener à Clairoix. Dès jeudi matin, l'ensemble des salariés se réunira en assemblée générale pour décider de la suite à donner au mouvement pour sauver leurs emplois. La fermeture de l'usine doit avoir lieu dans un an.

Le rendez-vous à Bercy repoussé

Le rendez-vous, annoncé mercredi, entre Bercy et la direction de Continental, a été repoussé à une date ultérieure.