Statistiques ethniques: «Un contre-comité Sabeg sera lancé mercredi»

INTERVIEW Gwénaële Calvès, professeur de droit, auteur de «La discrimination positive» (Que sais-je?, Puf - 2008), estime que le contexte politique français ne se prête pas aux statistiques ethniques...

Julien Ménielle

— 

La diversité de la population française. 
La diversité de la population française.  — CHAMUSSY / SIPA
Qu’attendez-vous du comité de mesure de la diversité, mis en place ce lundi par Yazid Sabeg?
Il y a eu des dizaines de comités scientifiques de ce type ces dernières années. La Cnil a déjà livré ses recommandations après des auditions très complètes, le conseil constitutionnel s'est également prononcé. Je pense que ce nouveau comité va se contenter de faire une synthèse des avis déjà rendus. En réalité, s'il s'agit de faire des statistiques et de traiter des données d'enquête comme peuvent le faire l'Ined ou l'Insee, le cadre actuel satisfait tout le monde. La loi de 1978 interdisant la collecte des données sur les origines raciales ou ethniques a été modifiée en ce sens en 2004. Le problème qui se pose est celui des fichiers de gestion, dans les écoles ou les entreprises.

Pourquoi les statistiques ethniques sont-elles susceptibles de représenter un problème, dans ces lieux?
D'abord parce qu'en entreprise, la base du volontariat ne tient pas, puisque le consentement libre n'est pas possible dans le rapport avec la hiérarchie. De même, la notion d'anonymat est très discutable. A l'école, on se souvient du fichier base-élèves, qui avait provoqué un tollé. Surtout, ce qui n'est pas clair, c'est l'utilisation de ces données, dans le contexte actuel de chasse aux étrangers en situation irrégulière. C'est pourquoi un «contre-comité Sabeg» sera lancé mercredi.

En quoi va-t-il consister?
Il réunira des scientifiques, des militants associatifs ou politiques et des chercheurs investis dans la lutte contre les discriminations. L'idée est de proposer autre chose qu'une mesure purement quantitative, parce que pour lutter contre la discrimination, il faut avant tout en comprendre les mécanismes.

La discrimination positive n'est donc pas envisageable en France?
Dans un pays comme les Etats-Unis, les statistiques ethniques sont culturelles, et ont toujours existé. Quand il s'est agi de discrimination positive, personne n'a jamais douté que les Afro-américains en seraient les vrais bénéficiaires. En France, la question est montée de toutes pièces, dans un contexte qui ne s'y prête pas.