Drame du «Queen Mary 2»: les contraintes économiques en accusation

JUSTICE Plus de cinq ans après l'effondrement d'une passerelle qui avait fait seize morts, la cour d'appel de Rennes s'est replongé ce lundi dans le dossier...

Avec agence

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Le procès en appel de l'effondrement en novembre 2003 de la passerelle du paquebot Queen Mary 2, qui avait fait 16 morts et 29 blessés à Saint-Nazaire, s'est ouvert lundi à Rennes.
Le procès en appel de l'effondrement en novembre 2003 de la passerelle du paquebot Queen Mary 2, qui avait fait 16 morts et 29 blessés à Saint-Nazaire, s'est ouvert lundi à Rennes. — Franck Perry AFP
Au premier jour du procès de l'effondrement de la passerelle du «Queen Mary II» à Saint Nazaire, le président de la cour d'appel de Rennes a stigmatisé les contraintes économiques qui ont conduit au drame, le 15 novembre 2003, faisant 16 morts et 29 blessés.

Pour les Chantiers de l'Atlantique, alors filiale d'Alstom, la construction du «Queen Mary II» est un «défi majeur», le contrat «le plus gros jamais signé par un chantier naval» dans un contexte de «concurrence effrénée», a rappelé le président, Jean-Claude Septe.

Fin octobre, décision est prise de créer deux accès supplémentaires du quai au paquebot afin d'«accélérer le travail» (finition, nettoyage, avitaillement, etc...), le «Queen Mary» devant partir pour sa première croisière début décembre. Mais plutôt que des accès reposant sur des tours en fond de cale, plus stables, le principe de passerelles – dénommées «caisson» dans le jargon professionnel – reliant le quai au navire est retenu.

«Temps franchement perdu»

Dans la nuit du 11 au 12 novembre 2003, les ouvriers tentent de mettre en place les passerelles. «Dès lors vont apparaître les nombreuses erreurs et approximations»: l'une des passerelles est trop courte, on décide de la rallonger; elle fait 90 cm de large et non 1,50m comme demandé; l'ouverture prévue dans la coque du paquebot est trop étroite pour y introduire la passerelle...

Il faut donc remédier rapidement à ces problèmes: «le temps qu'on a voulu gagner (en renonçant à désenvaser la cale), on l'a franchement perdu», dénonce le président. Finalement, après avoir été modifiée «sans aucun plan, aucune nomenclature», la passerelle est terminée le 14, mise en place à 16h et aussitôt empruntée par les ouvriers des Chantiers et ceux d'une société extérieure de nettoyage.

«Une description apocalyptique»

Le lendemain après-midi, les particuliers invités à visiter le paquebot font la queue sur la passerelle en attendant de franchir le barrage d'un ultime contrôle. Les ouvriers de nettoyage, encore au travail, leur demandent de se mettre sur le côté pour leur faciliter le passage.

«Les salariés entrent à la queue leu leu. La passerelle vire sur elle-même (...), se désolidarise de la terre ferme, se met à la verticale (...) et tombe dans la cale», 18 mètres plus bas. «La lecture des PV» des premiers policiers arrivés sur les lieux «m'a saisi d'effroi. Une description apocalyptique des choses», commente le président Septe dans un silence absolu.