Les prostitué(e)s ont maintenant leur syndicat

PLUS VIEUX METIER DU MONDE Un collectif d'associations de défense des droits des prostitués a annoncé vendredi la création du premier Syndicat du travail sexuel (Strass), à l'occasion des troisièmes assises annuelles de la prostitution à Paris...

Avec agence
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Une centaine de personnes, en majorité des prostitués hommes et femmes, ont manifesté samedi dans les rues de Paris pour réclamer notamment l'abrogation de la loi réprimant le racolage passif et la création d'un statut pour les travailleurs du sexe, a constaté l'AFP.
Une centaine de personnes, en majorité des prostitués hommes et femmes, ont manifesté samedi dans les rues de Paris pour réclamer notamment l'abrogation de la loi réprimant le racolage passif et la création d'un statut pour les travailleurs du sexe, a constaté l'AFP. — Pierre Verdy AFP

Des paillettes pour fêter la création du Strass. «Je suis fier de vous annoncer aujourd'hui la création du premier syndicat de travail sexuel, le Strass», s’est exclamé ce vendredi Maîtresse Nikita, figure du mouvement parisien et nouveau trésorier de l'organisation, lors d'une conférence de presse à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, à Paris.


Cette structure, qui compte déjà «plus d'une centaine d'adhérents» doit non seulement représenter les prostitués mais tous les travailleurs du sexe, comme les acteurs du cinéma pornographique ou les opératrices de téléphone rose.


«Un syndicat c'est le pouvoir de nous réapproprier la parole sur nous-mêmes», a expliqué Nikita, et de «faire pression sur les institutions et les politiques».


«Les statuts seront déposés en début de semaine prochaine à la préfecture de Paris», a précisé le trésorier de l'association. Depuis 33 ans dans le métier et père de 3 enfants, il dénonce la pénalisation du racolage, instituée par la loi pour la sécurité intérieure entrée en vigueur le 18 mars 2003.


«Quelque chose d’historique»


Pour les principaux acteurs du milieu, c'est une véritable avancée. «Ce syndicat qui était une utopie devient une réalité», s'est réjouie Claude Boucher, présidente des Amis du Bus des femmes. Elle a décrit le Strass comme «une structure complémentaire au travail des associations" de soutien aux prostitués, notamment dans le domaine politique».


«Je crois qu'aujourd'hui, nous vivons quelque chose d'historique», a estimé Camille Cabral, directrice de l'association Prévention action santé travail transgenre (Pastt). «Aujourd'hui nous sommes là pour dire: ‘‘nous voulons des droits’’».


«Nous vivons évidemment dans une zone de non-droit», a-t-elle expliqué, décrivant une vie «sans vacances, sans retraite» où règne une «violence extraordinaire». Tout en reconnaissant que «nous avons laissé un thème très important à d'autres», a-t-elle souligné, citant «le proxénétisme, le trafic des êtres humains et la prostitution enfantine. C'est à nous de nous emparer de ces thèmes et de lutter contre».


Ce samedi, c'est «pute pride»


Malika Amaouche, membre du Collectif Droits et prostitution, et coordinatrice de ces Assises de la prostitution, a rappelé les principales revendications du mouvement: abrogation de l'article de la loi sur le racolage, modification des lois concernant le proxénétisme, protection des prostitués sous contrainte.


Une marche de soutien au collectif, baptisée «pute pride» est organisé samedi à partir de 13 heures place Pigalle.