«Vers des conflits très durs au niveau local»

INTERVIEW Le sociologue Guy Groux revient sur les conflits sociaux récents...

Recueilli par 20minutes.fr

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L'équipementier automobile allemand Continental "ne reviendra pas" sur la fermeture prévue de deux usines en Europe, dont celle de Clairoix en France, a répété son directeur du personnel au journal Handelsblatt paru lundi.
L'équipementier automobile allemand Continental "ne reviendra pas" sur la fermeture prévue de deux usines en Europe, dont celle de Clairoix en France, a répété son directeur du personnel au journal Handelsblatt paru lundi. — Francois Nascimbeni AFP
Jets d’œufs à l’usine Continental de Clairoix dans l'Oise, séquestration du PDG de Sony France dans une usine des Landes, grèves générales prolongées dans les DOM, deuxième grande journée d’action en moins de deux mois... le gouvernement fait-il face à un risque d’embrasement social?

Guy Groux, directeur de recherche CNRS au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, est notamment spécialisé dans les mobilisations collectives et syndicales. A la veille des manifestations du 19 mars, il revient pour 20minutes.fr sur la situation sociale tendue en France.

Y a-t-il une conjonction des mouvements sociaux en France?
Non. Pour l’instant, ce sont des situations localisées, avec des problèmes d’emplois particulièrement graves et des salariés désespérés. Ce sont des mouvements très durs, très déterminés, mais qui restent très localisés. Si la crise dure et s’intensifie, il y a un risque que ces conflits se démultiplient, il y aura une sorte d’agrégation des conflits.

Mais pas plus?
Nous ne sommes plus dans les années 1970, quand il y avait des grèves de solidarité. Quand une usine d’un groupe était occupée, les autres de ce même groupe se mettaient en grève. Aujourd’hui, les occupations d’usine et les mouvements sont isolés.

Et plus radicaux? Dans l’histoire du patron de Sony France, qu’est ce qui a changé, la méthode, ou notre perception?
Il y a un caractère symbolique extrêmement fort. Mais c’est de la violence symbolique, uniquement, pas de la violence politique. Après 1968, il y avait une multitude de grèves, d’occupations d’usines, avec une forte utilisation de la séquestration. Mais surtout, il y avait un débouché réel: la gauche politique était dans l’opposition et constituait une vraie alternative. Et on sait ce qui s’est passé en mai 1981.

Est-ce terminé aujourd’hui?
Nous ne sommes plus dans un contexte de croissance collective, de 350 à 400.000 emplois vont être détruits à cause de la crise. Les conflits risquent de se démultiplier. Il y aura des réactions sociales et économiques aux revendications immédiates. Mais pas de suites dans le politique et l’idéologie.

Une grève qui dure est-elle possible en métropole?
Ce n’est vraiment pas le même périmètre géographique qu’en Guadeloupe. Je ne vois pas comment les syndicalistes par exemple peuvent obliger les supermarchés à fermer. Et puis, nous ne sommes pas dans le même cas de figure historique et sociale. Non, je le répète, nous allons vers des problèmes très durs au niveau local et des conflits très durs, avec une grande détermination, des revendications immédiates et un désespoir bien réel.

Un mot sur la journée du 19 mars...
Je pense qu’elle sera un succès incontestable.