Colonna et ses avocats boycottent le procès

Bastien Bonnefous

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La mèche était allumée depuis plusieurs semaines, l'explosion s'est produite hier. Yvan Colonna a quitté, mercredi en début d'après-midi, son procès en appel, après le rejet par la cour d'assises spéciale de Paris d'une nouvelle reconstitution de l'assassinat du préfet Erignac, réclamée par la défense. « Je ne veux plus continuer. Si vous voulez me condamner au nom de la raison d'Etat pour faire plaisir à Sarkozy, à la famille Erignac, aux Marion, Thiel, Le Vert [policiers et magistrats instructeurs antiterroristes], vous ferez ce que vous voulez », a-t-il lancé à la cour, dans une ambiance survoltée.

Avant de quitter le box, le berger de Cargèse a récusé ses avocats qui ont logiquement refusé d'être commis d'office par la cour, comme la loi le prévoit. « Je ne servirai pas de potiche à une décision de justice prise d'avance », a tonné Me Sollacaro. « Nous ne sommes pas vos commis, je suis fier qu'Yvan Colonna me récuse », a surenchéri Me Simeoni, dénonçant une « parodie de justice ». Au premier rang du public, Christine Colonna, la soeur de l'accusé, pleure des larmes de colère. « C'est une honte, vous êtes odieux ! », crie-t-elle au président Wacogne. Le procès Colonna, qui se déroulait dans une atmosphère électrique depuis déjà cinq semaines, est-il sur le point d'imploser ? Difficile d'imaginer la poursuite des débats sans l'accusé et sans ses avocats, même si le parquet général l'a demandée hier soir. La cour doit y répondre cet après-midi. La question du renvoi, objectif recherché par la défense depuis plusieurs jours, est posée. Hier, l'intransigeance de la cour a servi de détonateur. « Tous les témoignages qui m'innocentent, ça ne compte pas. Les policiers qui mentent vous les croyez sur parole. Pour vous, il n'y en a qu'un qui ment ici, c'est moi », a reproché Colonna aux magistrats. Les avocats du berger espèrent porter le débat sur la place publique, avec de fortes tensions à prévoir en Corse. « La défense d'Yvan Colonna ne fait que commencer ! », a prévenu avant de partir Me Sollacaro. ■