Sarkozy sonne l'heure du rappel

Stéphane Colineau (avec AFP)

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« Le moment est venu », pour la France de ne plus « s'exclure elle-même » de l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique Nord). C'est avec ces mots que Nicolas Sarkozy a confirmé hier, de manière implicite, la réintégration de la France au sein du commandement militaire intégré de l'Alliance atlantique. Le Parlement s'exprimera sur la question mardi, avant un sommet de l'Otan organisé les 3 et 4 avril à Strasbourg et Kehl (Allemagne).

Dans son discours prononcé à l'Ecole militaire, à Paris, le chef de l'Etat a argué que la position actuelle de la France, contributrice de l'Otan en hommes et en finances, mais absente de son commandement intégré, « n'est pas comprise de nos alliés ». « Notre incapacité à assumer au grand jour notre position dans l'Alliance jette le doute sur nos objectifs », a-t-il plaidé. « Nous n'avons aucun poste militaire de responsabilité. Nous n'avons pas notre mot à dire quand les alliés définissent les objectifs et les moyens pour les opérations auxquelles nous participons », a-t-il encore argumenté. La dissuasion nucléaire française restera « indépendante » et la France gardera sa « liberté d'appréciation » sur l'envoi de ses troupes, a insisté le Président, sans convaincre certains élus de la majorité, arc-boutés sur l'héritage gaulliste, ni les élus d'opposition, qui s'inquiètent d'un alignement sur Washington. « C'est un signe que la France est totalement pieds et mains liés aux Américains, on aurait pu se passer de ce message », a déploré le villepiniste Jean-Pierre Grand (UMP). « Il n'y a ni d'urgence, ni raison fondamentale », de réintégrer le commandement militaire de l'Otan, « si ce n'est un atlantisme qui devient une idéologie », a renchéri Martine Aubry. « Nous étions des alliés fiables et fidèles, mais nous avions cette part de liberté que nous assumions », a regretté François Bayrou (MoDem), qui parle d'une « amputation ». ■