Ces voisins qui ne se veulent pas du bien

JUSTICE Pascal Pignoux se voit réclamer 400.000 euros par son voisin pour des véhicules garés dans un chemin menant aux deux propriétés...

M.Gr.

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Devant une telle querelle de voisinage, même Julien Courbet serait dépassé. La «Charente Libre» nous conte ce lundi l’affrontement titanesque des Pignoux et des Gillon dans le cadre bucolique du «Moulin de Villegats», un havre de verdure au bord de la Charente, à Barro. Une seule adresse, un seul chemin d'accès, et deux propriétés imbriquées.

En 2001, Michel Gillon débarque au «Moulin». Tout est paisible si ce n’est ce problème de stationnement, dû aux véhicules de son voisin Pascal Pignoux et de son entourage. Il faut dire que Pignoux ne fait pas dans la dentelle, mais plutôt dans le semi-remorque, qui emprunte régulièrement la petite allée afin de décharger des containers venus d'Asie (l’homme tient un commerce de meubles anciens) ou d’effectuer des travaux d'aménagement.

Paparazzi

Gillon est énervé. Il a une arme secrète : son appareil photo numérique, qu’il va dégainer à tout va. De l’étage de sa maison, il photographie les va-et-vient de Pignoux, et démontre la gêne voire l'impossibilité de passer sur le sentier. En juin 2005, premier acte judiciaire: le tribunal d'instance de Ruffec lui donne raison.

«M. Pascal Pignoux est tenu de ne plus stationner ou faire circuler de lourds engins ou ensemble de véhicules susceptibles de restreindre ou interdire l'accès de M. Michel Gillon à sa propre maison d'habitation.» Un jugement en référé qui s'accompagne d'une «astreinte de 300 euros par infraction constatée». La décision est confirmée à deux reprises par la justice.

Pignoux a beau faire des efforts en aménageant un parking à l'entrée du hameau, Gillon ne se repose pas sur les acquis et continue de mitrailler. En s'appuyant sur le jugement de 2005, il estime qu'un simple véhicule de particulier ou le fourgon de l'artisan garé le long de l'allée a toujours comme conséquence «de restreindre ou interdire l'accès à sa propre habitation». Et que chaque stationnement est une infraction qu'il «constate» avec son appareil photo. Gillon va verser au dossier près de 1.300 clichés en trois ans. A 300 euros l’infraction, on arrive ainsi à cette somme mirifique de 400.000 euros, réclamée à son voisin!

Pascal Pignoux, basé depuis plus de trente ans au «Moulin», est abattu. «Si c'est ça, je ferme mon entreprise, vends ma boulangerie à Verteuil et un petit immeuble à Ruffec», explique-t-il à «la Charente Libre».

Indic’

Mais cette histoire de stationnement masque une discorde plus profonde. Quand Gillon, retraité venu du Nord de la France, arrive en 2001, il remarque que ses voisins ont involontairement installé une petite piscine sur une parcelle lui appartenant. Il va démonter manu militari cette piscine d'enfants. «J'ai eu un tort, je le reconnais, c'est celui-là...», dit–il au quotidien régional.

La guerre est déclarée. Les Pignoux soupçonnent leur voisin d'être l'indic’ à l'origine de contrôles très poussés de la répression des fraudes et des douanes qui «me soupçonnaient d'être un trafiquant de drogue et de cigarettes quand je revenais d'Asie avec mon container de meubles», raconte l'artisan.

Gillon, de son côté, va porter plainte «33 fois», évoque «les pneus crevés, les menaces sur mes locataires» et même «des tirs de carabine sur la toiture». La situation empire. Le couple Pignoux va même jusqu’à se rendre dans le Nord de la France pour «enquêter» sur le passé de Gillon

«Il va y avoir un beau fait divers»

Pascal Pignoux a déjà déboursé près de 100.000 euros en huit ans de combats judiciaires. «Il gagne de l'argent en faisant de la procédure: c'est mieux que le Loto», explique sa femme, en parlant de leur voisin, au bout du rouleau. «Il va y avoir un beau fait divers» si le juge donne raison à Michel Gillon, ajoute-t-elle.

«Je n'ai pas l'esprit revanchard», assure ce dernier. «Vous trouvez normal de vous faire boxer dans votre voiture ? Vous trouvez normal qu'il dise ''Je suis le maître, je fais ce que je veux ici''?»

Une seule solution pourrait apaiser la situation. Le départ de l’un des deux. Ils refusent catégoriquement.