Drame du Stade de France: La dernière vérification de la porte d'accès à la voie ferrée datait du 2 mars

FAIT DIVERS Les premiers éléments sur la mort de deux jeunes supporters lillois permettent de mieux comprendre la tragédie...

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e match de football Lille-Lyon au Stade de France (Seine-Saint-Denis) s'est achevé samedi soir par un drame, quand un RER a heurté des supporteurs lillois qui regagnaient leur car en longeant une voie ferrée, tuant deux jeunes frères de 11 et 17 ans et blessant onze autres personnes.
e match de football Lille-Lyon au Stade de France (Seine-Saint-Denis) s'est achevé samedi soir par un drame, quand un RER a heurté des supporteurs lillois qui regagnaient leur car en longeant une voie ferrée, tuant deux jeunes frères de 11 et 17 ans et blessant onze autres personnes. — Bertrand Langlois AFP

Comment une soirée de fête a pu tourner au cauchemar? Le point sur l’enquête, avec les derniers éléments délivrés par le procureur de Bobigny.

Un départ en urgence
Jordan et Sullivan, les deux victimes de 10 et 18 ans, appartenaient à un groupe de 12 personnes, «Les Ch'tis dogues de la Lys». Le match se déroule à merveille, leur équipe bat le septuple champion de France lyonnais. «Dans les tribunes, les gamins étaient fous de bonheur», raconte Magali Duminy, la tante de Jordan, à «la Voix du Nord». Mais il faut partir vite. Dès le coup de sifflet final, le petit groupe se dépêche de quitter l'enceinte et manque d’ailleurs le feu d'artifice final. «Le chauffeur du bus nous avait mis la pression en nous disant que si nous n'étions pas là à 23h15, le car partirait sans nous», poursuit Magali dans le quotidien régional.

Un choix fatal
Les supporters lillois sont engloutis par la foule qui piétine devant la gare de La Plaine-Saint-Denis, un classique d’après-match au Stade de France. Pour rejoindre les 350 bus affrétés par le club et les associations de supporters, stationnés sur le parking P7, situé vers la gare de la Courneuve, à un kilomètre environ du Stade, ils prennent le chemin de l'aller mais l'accès est bloqué par des CRS. Le groupe «était à la recherche du meilleur itinéraire», selon le procureur. Ils décident de remonter une rue qui jouxte les voies du RER, en direction du canal. Mais, alors qu’ils se trouvent sur le quai Adrien-Agnès, au lieu de prendre le pont de gauche qui leur est destiné, sur un parcours piéton balisé, ils vont à droite et passent par le pont de chemin de fer.

Ce lieu est «interdit au public», il y a un portail, d’habitude fermé, et juste derrière un escalier encadré par des barrières hautes de deux mètres. «Une fragile barrière conduit à un escalier qui permet de monter aux voies», précise un policier. Vers 23h30, ils vont gravir une vingtaine de marches pour parvenir au tablier métallique qui enjambe le canal, longer la voie ferrée sur le pont, étroit et non éclairé, pensant qu'aucun train ne circule. Ils sont percutés par l’arrière par un RER B à vide rejoignant le dépôt de Mitry, roulant à 82 km/h. Le drame a lieu à 600 mètres après la gare de La Plaine-Saint-Denis.

Un accès mal sécurisé
Ce portail d’accès était ouvert, et son «système de fermeture défaillant», selon les premières auditions et constatations, vient d’expliquer ce lundi midi une source judiciaire. La responsabilité de la SNCF semble engagée. Pour son président Guillaume Pepy, c'est «à l'enquête judiciaire de déterminer comment et pourquoi le groupe s'était retrouvé sur les voies, si le portillon d'accès était ouvert et si oui, il avait été vandalisé comme c'est très souvent le cas». Selon la SNCF, «aucune anomalie n'a été signalée en matière d'accès à la voie ferrée» lors d'une visite de sécurité le 2 mars dans le secteur. Le procureur de Bobigny a noté qu'«aucune signalétique n'interdisait l'accès», «ni ne prévenait des dangers encourus», «sur la porte et dans un périmètre immédiat», des deux côtés du pont. Il précise que l'enquête préliminaire devra effectivement établir «comment» et «quand» la porte a été détériorée, les deux pistes envisagées étant pour l'heure un «acte de vandalisme» ou un «défaut d'entretien».

Toute la zone est d’ailleurs une incitation à aller sur la voie. Selon «Le Figaro», si l’on s’attarde sur le «25, quai Adrien-Agnès, Aubervilliers», l'adresse qui jouxte le pont SNCF, on distingue en Google Street View, «parfaitement le chemin de fer en surplomb, avec ses caténaires, et à droite, un mur qui permet de se hisser sans peine jusqu'à la voie: des prises ont même été percées dans les parpaings pour faciliter la montée, comme on grimperait à l'échelle.» Ce n'était certainement pas la première fois que des personnes accédaient au pont pour rejoindre l'autre rive du canal Saint-Denis.

Le no man’s land Stade de France
Faute de places suffisantes aux abords immédiats du stade pour les cars de supporteurs, un parking de délestage a été aménagé à Aubervilliers, sous l'A86. C’est là qu’attendait l’autocar des Lillois. Ce problème de stationnement est récurrent. «Je me suis rendu deux fois au Stade de France avec un autocar, pour des étudiants. Les conditions de stationnement des autocars sont inexistantes», explique ainsi Thibault Vayron, de la direction Baobus Lille. Il est apparemment lié à la conception du stade, qui n’a pas intégré un parking de cars suffisant et a encouragé l’improvisation. La police gère en priorité les abords immédiats du SDF, et au-delà d’une zone de 400 mètres, le rayon de sécurisation est beaucoup plus lâche. En mars 2008, lors de Lille-Lyon déjà, des supporteurs se sont ainsi dispersés sur l'autoroute par centaines. «Leurs cars étant coincés dans les embouteillages, ils avaient décidé de remonter à pied la bande d'arrêt d'urgence pour ne pas rater le coup d'envoi», explique une source policière au «Figaro». De tels débordements s’étaient produits lors de la Coupe du monde 1998.

Quelles solutions?
Repenser le stationnement près du SDF est fondamental. Concernant le rôle de la SNCF, son président Guillaume Pepy évoquait dimanche sur Europe 1 une mesure de sécurité supplémentaire: La «surveillance à distance par des caméras infrarouges de cette zone autour du Stade de France pour que, si jamais quelqu’un franchit le grillage, on puisse couper automatiquement la circulation» des trains. Pour le reste, il a rappelé une règle de base: «Jamais, jamais, sous aucun prétexte on ne peut marcher sur les voies sans y être expressément invité par un agent SNCF, c’est extraordinairement dangereux.» Pas suffisant pour le grand-père de Jordan: «Je suis en colère contre la SNCF. Je ne dis pas, rétrospectivement, que ce n'était pas dangereux de marcher près des voies. Mais le danger, ils ne l'ont pas vu. Les barrières étaient ouvertes. M. Pepy pourrait s'excuser. J'attends les conclusions de l'enquête avant de décider de porter plainte».