Jordan et Sullivan meurent après Lille-Lyon: le drame de deux familles du Nord

ACCIDENT Jordan, le petit de 10 ans, jouait au foot dans le club d'Outreau, dans le Pas-de-Calais. Comme Sullivan, 18 ans, avant lui...

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Le match de football Lille-Lyon au Stade de France s'est achevé samedi soir par un drame, quand un RER a heurté des supporteurs lillois qui regagnaient leur car en longeant une voie ferrée, tuant deux jeunes de 10 et 17 ans et blessant onze autres personnes.
Le match de football Lille-Lyon au Stade de France s'est achevé samedi soir par un drame, quand un RER a heurté des supporteurs lillois qui regagnaient leur car en longeant une voie ferrée, tuant deux jeunes de 10 et 17 ans et blessant onze autres personnes. — Bertrand Langlois AFP

C’était leur madeleine, leur grande sortie de l’hiver. Jordan, 10 ans, comme sa sœur Mélanie et son frère Christopher, avait reçu cette place pour Lille-Lyon au Stade de France à Noël, sous le sapin. C’était le cadeau de leur tante Magali, secrétaire du club de supporters d’Armentières les Ch’tis Dogues de la Lys.

Samedi, les trois enfants et leur père Dominique ont quitté Outreau (Pas-de-Calais), où ils habitent dans le quartier de la Tour du Renard, pour gagner Armentières. Sullivan, 18 ans, un copain de la famille, également originaire d’Outreau, les a rejoints. Pour lui aussi, les lumières du Stade de France seraient une première.

«Si nous n'étions pas là à 23 h 15, le car partirait sans nous»

Le match fut à la hauteur de leurs attentes. «Dans les tribunes, les gamins étaient fous de bonheur», raconte Magali Duminy à «la Voix du Nord». Mais ils ne doivent pas tarder, dès le coup de sifflet final, le petit groupe de 12 personnes se dépêche de quitter l'enceinte et manque d’ailleurs le feu d'artifice final. «Le chauffeur du bus nous avait mis la pression en nous disant que si nous n'étions pas là à 23 h 15, le car partirait sans nous», poursuit Magali auprès du quotidien régional.

La suite est dramatique. Le groupe marche en file indienne au bord de la voie ferrée du RER B. Un train, qui circule à vide, arrive par-derrière et percute le groupe. Jordan et Sullivan sont en queue du groupe. Ils sont les premiers fauchés. Ils mourront sur le coup.

Le père dans un état critique

Dominique, 44 ans, le père de Jordan, était dimanche soir dans un état critique à l'hôpital Pompidou à Paris. Son second fils, Christopher, 17 ans, emmené à l'hôpital Avicenne de Bobigny, a été opéré du pied dimanche. Mélanie, sa soeur, a été épargnée, elle ne souffre que de quelques égratignures. L'accident a fait un autre blessé chez les supporters nordistes, il se nomme Romain.

Une aide psychologique doit être mise en place pour ceux qui en sont ressortis indemnes. Physiquement. Comme Magali, la tante de Jordan, ils sont extrêmement choqués.

Dimanche après-midi, la mère de Jordan, restée chez elle pour s'occuper de ses deux derniers, a confié sa peine à «la Voix du Nord»: «J'ai été prévenue de l'accident à 4 h par les policiers qui sont venus taper chez moi. Un gamin de 10 ans ne demande pas à mourir. Pour moi, Jordan va revenir, je ne me fais pas à l'idée qu'il est mort.»

Joueurs à l'AS Outreau

Grégory, le père de Sullivan, est abattu. « Il avait les yeux pétillants d'un gamin heureux d'aller pour la première fois au Stade de France. Cela faisait trois mois qu'il préparait cela, et on va nous le ramener décédé.» Il ajoute fièrement: «C'est pas parce que c'était mon gamin, mais c'était un jeune homme courageux. Il avait arrêté l'école l'an passé mais il était déterminé à trouver du boulot. Il n'était pas du genre à faire la grasse matinée. Il était debout tous les matins à 6 heures pour aller faire de l'intérim. Il avait compris que le monde appartenait à ceux qui se lèvent tôt». Christelle, son épouse, murmure: «On a un second fils de 6 ans, Melvin, il est dans sa chambre, il attend que son frère rentre pour faire un jeu, on ne sait pas comment on va lui annoncer...»

Jordan et Sullivan avaient fait leurs classes au club du coin, l'AS Outreau. «De l'âge de 8 ans jusqu'à l'an dernier et une blessure à la jambe qui l'a contraint à arrêter, il a joué à l'AS Outreau», explique la mère de Sullivan, qui était le neveu de Philippe Brunel, ancien joueur de Lille et Lens, aujourd'hui à Angers (Ligue 2). Sullivan l'admirait, ils ne s'étaient jamais rencontrés.

Catherine, la maman de Jordan: «C'était un enfant joyeux, il avait beaucoup de copains dans le quartier mais aussi au foot à l'AS Outreau où il jouait.»