«La rame était arrêtée au milieu de la voie, les supporters voyaient les cadavres»

recueilli par Antoine Maes et Olivier Aballain

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Jean-Edmond Vanhamme
Membre des Ch'tis Dogues de la Lys, témoin de la scène


«On était venus pour faire la fête, on revient pour des funérailles. C'était le premier déplacement de notre nouvelle section, les Ch'tis Dogues de la Lys. On avait deux bus, les deux victimes étaient dans l'autre. L'une d'entre elles était le petit-fils de notre trésorier, son fils est entre la vie et la mort, puisqu'il a eu le bras arraché. On est partis vers 14 h, on est arrivés un peu avant 19h. On a nous a dirigés vers un parking qui est à un kilomètre à pied. On n'avait pas de plan. Ça, c'était seulement pour les supporters qui viennent avec le Losc et Transpole. On devrait nous donner un itinéraire... Donc avant de partir, on s'est distribué des cartes de téléphone, au cas où l'un d'entre nous se perdrait, où que certains voudraient aller de leur côté. Pendant le match, tout s'est bien passé. On a juste pris un peu de recul en tribune parce qu'une bagarre avec des Lyonnais a éclaté près de nous. Pour le retour, on avait noté des repères visuels pour se situer, mais quand on a voulu emprunter le même chemin, des CRS nous ont interdit l'accès. Il faisait noir, on devait se dépêcher parce que les bus nous attendaient. Nous, on a retrouvé le parking. Les autres, ils ont dû vouloir assurer le coup, pour pas arriver hors délai, et ils ont pris un chemin différent. Apparemment, ils sont arrivés devant une grille, qui était fermée. Mais il y avait des gamins, et des gens de 50 ou 60 ans, donc ils n'ont pas pu passer au-dessus. Ça ne devait pas être compliqué à ouvrir. Nous, on a vu la rame arrêtée au milieu de la voie... Les secours sont arrivés rapidement, mais les supporters qui revenaient, ils voyaient les cadavres sur la voie. Le père, il a le bras sectionné, il a fallu une demi-heure pour le retrouver. Est-ce qu'on aurait pu éviter ça ? Peut-être que si on nous avait laissés prendre le même chemin au retour... Peut-être que si la porte avait été vraiment bien fermée... Une chose est sûre : l'année prochaine, on ne viendra pas.»

Nicolas Gallois
Président du club des Dogues Devils

«C'est un gros choc et une profonde tristesse. Evidemment, ça efface totalement la fête du football que devait être ce match. Il y avait des dizaines de bus garés n'importe où, parfois en dehors de Saint-Denis. A la sortie ça faisait des milliers de supporters qui tentaient de regagner leurs bus au plus vite. Forcément, c'est dangereux. Ça montre simplement que le Stade de France n'est pas adapté pour un match de championnat.»

Michel Seydoux
Président du Losc

«Père et grand-père moi-même, je suis immensément peiné. On fera ce qu'il faudra pour rendre hommage à la famille. Nous n'avons pas d'éléments sur le déroulé du drame, c'est arrivé hors de notre périmètre. Chacun son rôle.»