L'état tente un bras de fer avec élie Domota

Laure de Charette

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Ne pas laisser passer le moindre faux pas du trublion Domota. Le parquet de Pointe-à-Pitre a annoncé samedi qu'il allait ouvrir une enquête judiciaire, notamment pour provocation à la haine raciale et tentative d'extorsion de signature, à l'encontre d'Elie Domota. Le leader emblématique du LKP (Collectif contre l'exploitation outrancière), qui vient d'obtenir de l'Etat des avancées majeures pour rendre la vie moins chère en Guadeloupe, a affirmé jeudi soir sur RFO-Télé Guadeloupe qu'il ne « laisserait pas une bande de békés rétablir l'esclavage », faisant ainsi référence aux descendants de colons blancs souvent accusés de mainmise sur l'économie des Antilles françaises. Il a aussi affirmé que les entrepreneurs qui refusaient de signer l'accord d'augmentation de 200 euros des bas salaires devraient « quitter la Guadeloupe ».

Hier, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a jugé sur Radio J « inacceptable » toute incitation à la violence ou à la haine raciale, concédant que le sentiment identitaire outre-mer est alimenté par « des formes d'exploitation et d'injustice ».

Résultat, un avocat du LKP, Patrice Tacita, a qualifié de « provocation » une telle action judiciaire. Et selon Le Journal du Dimanche, Elie Domota envisage de porter plainte « contre ceux qui ont déposé plainte pour révisionnisme », estimant que la réalité sociale, économique et historique de l'île qu'il s'échine à dénoncer est niée par l'Etat. Bref, le syndicaliste compte bien ne pas s'en laisser conter.

Avant ces querelles judiciaires qui témoignent de la volonté de l'Etat de rétablir un rapport de force qui lui serait favorable, plusieurs milliers de sympathisants du LKP - 6 500 selon la police, plus de 30 000 selon les organisateurs - ont à nouveau défilé sans incident à Pointe-à-Pitre, capitale économique de la Guadeloupe, pour réaffirmer leur soutien au mouvement contre la vie chère, après la signature mercredi d'un accord de fin de conflit. ■