Procès Colonna: «Pourquoi mon nom, y'a une raison?»

JUSTICE Yvan Colonna a interpellé ce matin un des membres du commando Erignac, lui réclamant des comptes...

Bastien Bonnefous

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Deux membres du commando nationaliste corse condamnés pour leur participation à l'assassinat du préfet Erignac en 1998 ont réaffirmé vendredi qu'Yvan Colonna ne faisait pas partie du groupe, l'un d'eux reliant sa mise en cause initiale à la volonté de "protéger d'autres gens".
Deux membres du commando nationaliste corse condamnés pour leur participation à l'assassinat du préfet Erignac en 1998 ont réaffirmé vendredi qu'Yvan Colonna ne faisait pas partie du groupe, l'un d'eux reliant sa mise en cause initiale à la volonté de "protéger d'autres gens". — Benoit Peyrucq AFP

Le face à face que beaucoup attendaient a eu lieu. Alors qu'a débuté jeudi soir l’audition par la cour d’assises spéciale de Paris des membres condamnés du commando Erignac, un dialogue tendu a enfin eu lieu entre Yvan Colonna et le premier d’entre eux, Joseph Versini.

Enfin, car en décembre 2007, lors du premier procès Colonna, la cour d'assises et les parties étaient restées sur leur faim. Un par un, les membres du commando étaient venus déposer pour expliquer qu'après avoir donné le nom de Colonna lors de leurs gardes à vue en 1999, il fallait désormais l'effacer de la procédure. Ces hommes, pour la plupart condamnés à la réclusion à perpétuité pour leur participation à l’assassinat du préfet Erignac, avaient dédouané du bout des lèvres le berger de Cargèse. Colonna n’y était pas, point barre, sans explication ni détail supplémentaires, avaient-ils déclaré en substance. A la cour de les croire sur parole. Une parole qui n’avait donc pas suffi, d’autant qu’étrangement ni Colonna, ni ses avocats n’avaient à l’époque demandé des comptes à ces hommes.

Même discours qu'en 2007

Jeudi soir, le premier à se poster à la barre est Joseph Versini. Tête longue taillée à la serpe, mâchoire osseuse, cet exploitant agricole de 50 ans a été condamné en 2003 à 15 ans de prison pour sa participation à l'attaque de la caserne de Pietrosella. En libération conditionnelle depuis août 2008 – Versini n’a pas fait partie du commando Erignac, refusant au dernier moment de «tuer un homme» - il se présentait donc libre devant la cour. Libre, mais avec le même discours à quelques mots près qu’en 2007.

Yvan Colonna et le commando de sept hommes, Versini a fini par l’avouer en garde à vue sous la pression des policiers et la peur des «conséquences pour mon épouse», assure-t-il. «Dès le départ, les policiers m’ont dit que c’était ficelé, pendant trois jours, on m’a montré des PV avec ces sept noms. Moi, j'ai d’abord rien donné, puis à la longue j’ai fini par accepter la thèse des policiers», explique-t-il.

Joseph Versini met aussi implicitement en cause Me Stagnara, l’avocat corse de permanence qui a visité les gardés à vue en mai 1999. «Quand je l’ai vu, il m’a dit qu’il y avait des aveux de Pierre Alessandri et Didier Maranelli, il m'a laissé comprendre qu'il fallait aller dans le même sens.» Une «erreur» que reconnaît aujourd’hui Joseph Versini, invoquant le «choix d’une défense collective».

Une défense collective

La défense d’Yvan Colonna saisit la balle au bond. «Le groupe a fait le choix d’une défense collective, mais pourquoi alors accuser Yvan Colonna», demande Me Simeoni. «Ça permettait de ne pas parler d’autres personnes», glisse Versini, sous-entendant qu’il y avait plus de sept hommes sur l’attaque de Pietrosella. «Quels autres?», l'interpelle Me Maisonneuve. «Je ne les connais pas, ils étaient cagoulés», répond Versini. «Vous les connaissez monsieur Versini, que vous ne les donniez pas, je peux comprendre, mais on n’attaque pas une gendarmerie avec des inconnus», l’enfonce l’avocat.

La défense ne lâche plus le témoin. «On est à la croisée des chemins monsieur Versini, lance Me Garbarini. C’est le dernier acte, y’a une perpétuité au bout. Dire que Colonna ne suffit pas, il faut être crédible». Silence du côté de Versini.

C’est alors qu’Yvan Colonna se lève dans le box et interroge «José», d’abord en corse, provoquant la colère de la cour, puis en français. L’ambiance est tendue.

- José, quand tu as vu l’avocat (en garde à vue), tu lui as dit que j’y étais pour rien?, demande Colonna.
- Non, répond Versini.
- Et après?
- Oui, je l’ai dit mais c’était une défense collective, j’attendais le procès pour le dire… je l’ai dit, mais pas assez clair peut-être…
- Je comprends les pressions, les garde à vue, les femmes, mais après pendant des années sans rien dire! Oh José!, crie Colonna.
- Je sais, je sais, mais on avait choisi cette espèce de défense collective…, renvoit, gêné, Versini.
- Oui mais moi pendant ce temps là, Marion (Roger Marion, le chef de la police antiterroriste chargée de l’enquête), il disait Colonna mort ou vif… Alors, pourquoi mon nom, y’a une raison?
- Y’avait d’autres gens sur l’action et peut-être il fallait les protéger.
- J’ai fini, tranche un Colonna énervé, avant de se rasseoir.

L’audience doit se poursuivre vendredi après-midi avec les auditions de Didier Maranelli et Alain Ferrandi, deux autres membres du commando.