Le conflit peut-il s'exporter en métropole ?

Laure de Charette

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« Pourquoi ce qui serait bon pour la Guadeloupe ne le serait pas pour la métropole ? », ironisait récemment à Pointe-à-Pitre un membre influent de l'île. Il évoquait les avancées majeures en passe d'être obtenues (lire encadré). La victoire du LKP (Collectif contre l'exploitation), qui a officiellement annoncé, hier, la fin de la grève générale entamée fin janvier, a évidemment de quoi donner des idées aux forces contestataires d'outre-mer... et d'ailleurs. Le mouvement, déjà étendu à la Martinique, fait tache d'huile à la Réunion. Un collectif a annoncé hier le lancement d'une grève illimitée à partir de mardi prochain. En attendant le tour de la métropole ?

Contactés hier, plusieurs représentants de syndicats disent leur admiration pour la lutte menée par le collectif LKP, sous la houlette d'Elie Domota. « Nous devons nous inspirer du caractère démocratique de ce mouvement, de la grande maîtrise dont le LKP a fait preuve pendant 44 jours », souligne Maryse Dumas, de la CGT. Gérard Aschieri, de la FSU, retient pour sa part « l'union très forte entre les syndicalistes et la population ». « C'est cela qui donne des idées », assure-t-il. De fait, il fallait voir les yeux impatients des milliers de gens réunis chaque soir à la capitainerie de Pointe-à-Pitre, où se déroulaient les négociations, et leur corps explosant d'émotion quand Elie Domota surgissait, la tête droite, le pas lent, entouré de colosses aux lunettes teintées, pour comprendre les liens quasi mystiques tissés entre le leader et son peuple. Seulement, faute d'un tel leader dans l'Hexagone, il n'est pas sûr que le rêve guadeloupéen prenne forme. Les partis politiques d'extrême gauche aussi - PCF, NPA et Lutte ouvrière en tête - ont jugé hier que le savoir-faire antillais avait « montré la voie à suivre ».

Pour autant, la jurisprudence guadeloupéenne s'arrête là. Impossible de « calquer » les revendications du LKP en France, selon Maryse Dumas (CGT). « La structure salariale n'étant pas la même, on ne peut pas réclamer 200 euros d'augmentation pour les bas salaires », confirme Gérard Aschieri (FSU). L'intersyndicale devrait s'en tenir, lors de la journée d'action du 19 mars, à exiger la revalorisation du smic. Un économiste du cabinet Xerfi, Alexander Law, salue cette lucidité. « Rehausser les bas salaires de 200 euros, cela aurait été viable à la limite pendant les trente glorieuses, mais pas aujourd'hui, pendant les trois piteuses. » Peut-être les syndicats sont-ils conscients aussi qu'il est impossible de paralyser un pays entier par des barrages, et qu'eux-mêmes peinent à faire descendre dans la rue plusieurs millions de personnes. « Mais le succès en Guadeloupe va donner envie aux gens ici de se mobiliser ! », croit savoir le leader de la FSU. Réponse le 19 mars. ■