Atac avait accusé sa caissière d'avoir «détourné» 40 centimes et l'avait licenciée: elle obtient gain de cause

PRUD'HOMMES La justice a annulé son licenciement et condamné le supermarché Atac à lui verser près de 16.000 euros de dommages et intérêts pour «licenciement en l'absence de cause réelle et sérieuse»...

Avec agence

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Le marché du travail s'est féminisé, mais 30% des femmes travaillent à temps partiel en France, parfois contre leur gré, souvent en horaires décalés dans la grande distribution ou le nettoyage, et avec des demi-salaires insuffisants pour vivre.
Le marché du travail s'est féminisé, mais 30% des femmes travaillent à temps partiel en France, parfois contre leur gré, souvent en horaires décalés dans la grande distribution ou le nettoyage, et avec des demi-salaires insuffisants pour vivre. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Les prud'hommes de Versailles ont donné raison à Marie-Christine, une employée d'un supermarché d'Auneau, dans l'Eure-et-Loir, licenciée par son employeur en février 2008, pour avoir détourné 40 centimes sur sa carte de fidélité personnelle.

Une sanction démesurée

La justice a annulé son licenciement et condamné le supermarché Atac à lui verser près de 16.000 euros de dommages et intérêts pour «licenciement en l'absence de cause réelle et sérieuse», ainsi que 1.380 euros pour «licenciement vexatoire», a expliqué la victime, confirmant une information parue dans «Libération».

La société Atac a déclaré qu'elle n'allait pas interjeter appel de la décision et qu'elle avait proposé à son ancienne employée de la réintégrer. «Nous n'étions pas au courant de cette affaire avant le jugement des prud'hommes», a précisé l'enseigne. «Le circuit décisionnel n'a pas fonctionné dans le traitement de cette affaire. Globalement, les éventuels manquements des hôtesses de caisses doivent être sanctionnés en fonction de la gravité et dans une bonne mesure».

Une excuse pour «dégraisser la masse salariale»

Le 6 novembre 2007, Marie-Christine, ancienne conseillère municipale d'un village voisin et employée chez Atac depuis 7 ans, est convoquée par le responsable du magasin. «Le directeur m'a sorti un listing où il avait surligné trois lignes correspondant à trois passages en caisse pour lesquels ma carte de fidélité personnelle a été créditée de 60 centimes d'euro en tout», a expliqué l'intéressée, indiquant qu'il l'avait soupçonnée d'avoir tenté de profiter du passage en caisse d'un client.Le directeur lui reprochera finalement le détournement de 40 centimes.

«Il m'a traité de voleuse, et m'a dit que j'allais faire l'objet d'une mise à pied avant d'être licenciée», a-t-elle ajouté. Après avoir longuement réfléchi, l'ancienne employée d'Atac se rend compte que les passages en caisse qui lui sont reprochés auraient pu être effectués par son ex-mari qui ne lui a pas redonné sa carte. Le 2 février 2008, elle est licenciée. Quelques semaines plus tard, un ami lui conseille de contester son licenciement auprès des prud'hommes.

Selon l'ancienne caissière, cette affaire n'était qu'un prétexte pour «dégraisser la masse salariale dans le magasin qui fonctionnait beaucoup moins bien après l'ouverture d'un Super U dans la ville.» Depuis quelques semaines, Marie-Christine a été embauchée à la cantine scolaire de sa ville.